Open Blue Eyes

Au jour le jour, des études de médecine à la photographie, un regard sur le monde et autres petits riens sur lesquels vous raconter mes histoires.

29 juin 2009

Les belles choses...

Deux_mains_sur_un_piano__ou_l__me_des_belles_choses
 

Posté par OpenBlueEyes à 00:41 - Eyes and Ears - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 juin 2009

Fiasco(s)

Il y a des jours comme ça.

On ne sait pas pourquoi, on ne l'a pas vu venir, ça nous est tombé sur le coin de la figure de bon matin : on a été nul. Nul, nul, nul, rien pour se rattraper, pas d'excuse envisageable, juste la recherche désespérée d'un bouton "replay" qui nous permettrait de rejouer la scène. 

Staff du mardi. Levée en retard, arrivée comme une fleur avec mon café attrapé au passage.
Je sauvais les apparences autant que possible, attentive ou presque aux présentations de mes coexternes guère plus vaillants que moi.
Vint le tour de mon patient. Dossier sous la main, pochette-bleue/pochette-jaune en place, tout s'annonçait bien. Et au moment de prendre la parole, plus rien.
Le blanc, le vide intersidéral dans ma cervelle, les synapses en grève. C'est à peine si je me rappelais du prénom, alors l'histoire de la maladie, les chiffres du syndrome inflammatoire, les résultats des examens complémentaires, niet.
Silence embarrassant dans la salle de staff.
8 externes, 3 internes, 2 chefs de cliniques, 2 grands chefs, une puéricultrice, une aide soignante et la cadre, tout ce petit monde les yeux rivés sur moi, me mélangeant allègrement les pinceaux en essayant de rattraper le coup.
Un beau fiasco.

Oh, non, je ne me formalise pas, ce n'est pas le premier et certainement pas le dernier !
Mais ça faisait longtemps.

Le dernier en date : un beau jour de mai, à Paris. Il y a deux ans, je crois. J'avais été envoyée à une conférence de présidents d'université sur le thème de l'hôpital et la formation des étudiants en médecine.
Ils discutaient, ces costards grisonnants, dans un amphi usé, au dernier étage d'une fac pompeuse mais tombant en ruine, de la modernisation de notre formation. Ils me faisaient doucement rigoler, mais bon, j'étais missionnée pour représenter les étudiants en médecine de France, un peu de sérieux. D'ailleurs, je m'étais habillée pour l'occasion, pensant que le jean-basket serait trop trivial pour des présidents, avec une jupe et une petite veste parfaitement assortis aux locaux : prétentieux mais vieillot... de quoi me mettre mal à l'aise toute la journée ; une franche réussite.

A la pause-repas, tout n'était pas si mal engagé lorsqu'on nous a présenté les petits fours lilliputiens et les cafés taille dé à coudre. On se serait cru dans Alice au pays des merveilles, après la potion qui fait grandir. Mais alors que j'essayais de me ravitailler, un des présidents m'a accostée et tenue pour responsable du désastre humain de la première année de médecine. Selon lui, c'est parce que mon association s'y opposait que le concours de PCEM1 n'avait toujours pas été réformé, et je devais avoir sur la conscience tous ces pauvres étudiants désespérés après deux échecs. Il y a mis tellement de conviction qu'au bout d'une demi-heure je me suis retrouvée en pleurs dans les escaliers de secours, essayant de me redonner une contenance (et d'enlever ce mascara waterproof pas du tout waterproof qui m'avait dégouliné sur les joues. Essayez, c'est un plaisir).

A la reprise des débats, lorsque l'un d'eux s'est mis à fustiger cette fois nos épreuves classantes nationales, soutenant que son idée de régionaliser tout ça était la meilleure, et que si les étudiants ne s'y opposaient pas ce serait déjà fait, je me suis bien sentie obligée de répondre.
Micro à la main, une caméra braquée sur moi, et quarante bougres grisonnants se détestant tous entre eux me fusillant du regard. Même pas peur, je me suis levée, ai pris une grande inspiration... et tous mes beaux arguments se sont effacés un à un.

L'égalité des chances ? La mobilité des étudiants ? Rien de tout ça, juste un baratin soporifique avec mon indécrottable sourire accroché sur la figure.
De l'assurance, de l'énergie? Un peu de détermination face à ces vieux shnocks agressifs ? Pas du tout, une gélatine de gentillesse dégoulinant les gradins.

Remarquez, il n'y a rien de mal à être gentille... mais c'était quand même un beau fiasco.

J'ai revu la vidéo, j'en rigole encore...
C'est pas demain la veille que je ferai de grands discours avec la rhétorique et le charisme d'un Obama, c'est maintenant certain !


Prochain fiasco en prévision : la perte de mes moyens devant des parents paniqués et/ou exigeants et/ou agressifs lors de mes prochaines gardes aux urgences pédiatriques. Probabilité de survenue élevée, conditions favorisantes (faim, fatigue, stress...) ayant toutes les chances d'être remplies le jour J, il n'y a plus qu'à guetter l'instant et à observer l'artiste en action.

Précision complémentaire : le stéthoscope à l'envers, la poche de la blouse qui se vide de son contenu sur le sol, et la porte vitrée dans la figure ne comptent pas : c'est déjà fait !

Promis, je vous raconterai ...

Posté par OpenBlueEyes à 21:45 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

08 juin 2009

Mardi matin chez les gamins

J'écris peu ces derniers temps mais je ne chôme pas, promis :

Matinée de visite. 9h.
La chef arrive, aussi dynamique que moi après une douzaine de cafés, baskets "hello kitty" aux pieds et faut pas qu'ça traine !

Chambre 40, Première chambre du service. Ce qui est très bête en passant, mais c'est comme la numérotation des dents qui ne commence pas par le 1, allez comprendre...
La petite Lilou a une Pyélonéphrite. Une infection du rein, qu'on traite par des médicaments intra-veineux, parce que le rein, c'est précieux. Et que les antibiotiques, dans ce cas, c'est automatique.
Et Lilou saute partout avec une CRP à 230
(petite protéine de l'inflammation. La normale est en dessous de 5...), allez comprendre, ça aussi !

A coté, Brandon vient pour déshydratation sur gastro-entérite aiguë. J'espère qu'il fera un procès à ses parents pour lui avoir collé un prénom pareil...

Chambre 41. C'est ma mienne, la petite fille dont je m'occupe. Un an et demi de bouclettes blondes, et presque la même bouille que moi à son âge. Sauf que le compagnon de sa mère l'a suffisamment amochée pour que deux jours après son entrée elle ait encore des bleus et des œdèmes qui lui déforment le visage. Elle babille à peine, et ne dit même pas maman. Sa mère d'ailleurs, 19 ans, est en garde à vue depuis hier. Elle a laissé comme souvenir une odeur de crasse et de misère. Son père ne sait pas qu'elle existe.
Je rentre dans cette chambre et je suis à la fois triste et en colère. A chaque fois. Et pleine d'amour pour cette petite que je devrais pourtant ne regarder que comme une patiente.
Alors je joue avec la gamine, comme on le fait tous puisque maintenant, c'est nous ses "parents". C'est le service hospitalier. En attendant mieux.
Et je retiens mon envie d'aller lui acheter des jouets, un doudou, des habits... c'est pas mon rôle qu'on m'a dit. Et dans deux jours elle sera partie.

Chambre 42. Grand écart. Une adolescente diabétique.
Je n'ai pas écouté grand chose de ce qu'il s'est dit dans cette chambre, mais je crois que les adolescentes et le diabète ça ne fait pas bon ménage. Parce que 0,23 de glycémie, c'est quand même très très bas. Mais 4 grammes le lendemain c'est aussi très très haut... Casse-tête biologique et psychologique.
Mademoiselle est la seule à pouvoir y changer quelque chose, mais c'est aussi celle qui veut le moins. "On dirait que je ferme les yeux très fort, et quand je les ouvrirai je serais plus malade".Je suis sûre qu'il se passe quelque chose comme ça dans sa tête. En plus de la rengaine adolescente : "T'façon je fais ce que je veux, je me mets en danger si je veux, j'm'en fous, c'est ma vie à moi"
Équation insoluble.

Chambre 43. Un hébergement des chirurgiens. Pardon, des chiiiiiruuuurgiens (volé à Jaddo, mais c'est tellement vrai). Qui passeront en grands seigneurs jeter un œil sur les radios et relâcher le gamin qui s'est cogné la tête en skate. Et s'en iront, démarche chaloupé et auréole presque palpable, plâtrer d'autres fractures sauver d'autres vies.

Chambre 44. Une maladie métabolique hyper-rare que y'en a sans doute que trois en France. Amine, 4 ans, toutes ses dents et un foie plus gros que celui d'un alcoolique dans la force de l'âge, fait rire tout le monde dans le service, emploie les externes à tour de rôle pour tirer son pied à perfusion où il veut, et connait tous nos prénoms. Rayon de soleil.

Chambre 45. Le petit garçon de cette chambre n'a que 2 ans et demi, mais c'est déjà un vrai tyran. Je ne sais pas si c'est culturel (sa mère est voilée), mais il lui fait faire ce qu'il veut, quand il veut. Des caprices à secouer tout le service. Accessoirement, il reçoit tellement de sucre dans ses biberons qu'il a à la bouche jour et nuit qu'on a dû lui arracher 6 dents! Des caries de partout, des dents de lait couleur charbon. Il va même avoir droit à des fausses dents pour pouvoir manger. A deux ans et demi, oui oui.

Chambre 46. Isolement : Maïna a la rougeole. Et à 3 mois de vie, c'est particulièrement embêtant.
Pour mes lecteurs qui auraient lu les nombreuses sources qui critiquent les vaccins (de manière infondée à ce jour) : on meurt encore de la rougeole. Selon le site de l'OMS, 197 000 décès liés à la rougeole dans le monde en 2007. Que l'on ne se croie plus protégé en France : depuis que le vaccin n'est plus obligatoire, c'est une maladie en recrudescence.

P.S : Si on ne meurt pas de la rougeole, on peut par contre faire des leuco-encéphalites subaigues sclérosantes à distance, et franchement, allez vérifier si le coeur vous en dit, mais c'est pas chouette.

Chambre 47. Des infections banales, des viroses de rien du tout : du repos pour le cerveau !

Chambre 48. Polyarthrite inflammatoire chez une jeune fille de 8 ans. Recherche étiologique approfondie. Fini la mi-sieste en milieu de visite, remuage de neurones en règle, sortie des tiroirs bien rangés (ou presque) dans nos petites têtes d'externes : pourquoi cette petite a-t-elle mal partout ? Je crois que ce sont les moments que la chef préfère, quand, après son examen complet, elle titille un peu ses externes et en profite pour dire aux enfants : "Tu vois tous ces petits, eux ils sont en "CE2 de la médecine" ! Tu leur donnerais une bonne note toi ?"
Nous, on râme, on réfléchit, on se plante souvent, mais on profite du meilleur de l'hospitalo-universitaire : pouvoir mettre un visage et un prénom sur chaque raisonnement que l'on devra refaire plus tard. Du grand art. 

Chambre 49. Une maladie génétique compliquée. Petit garçon souriant. Parents cortiqués, qui tiennent le coup (ou font bien semblant ?). Je les admire, ceux-là. Ne pas baisser les bras, tenir le coup, prêt à se battre, pour un petit gars qui sera toute sa vie tellement différent des autres enfants... Je sais qu'ils n'ont pas eu le choix, mais chapeau bas, quand même.

Chambre 50. Le p'tit Louis est mon 2e patient, il est là depuis mon arrivée. Expliquez-moi donc comment l'on fait pour ne pas s'attacher quand on voit le même bout de chou de 3 mois tous les matins, qu'on dessine sa courbe de croissance toutes les semaines, qu'on suit le fil de ses séjours en réa et les espoirs de retour à domicile. Moi je ne sais pas...

Chambre 51. Retard staturo-pondéral d'origine psychologique chez un garçon de un an. On a éliminé tout le reste. Trouble du lien mère enfant, dynamique familiale complexe. Après une prise en charge intensive avec suivi psychologique, social, signalement et éducateurs à la maison, l'enfant reprend du poids et recommence à grandir. Très intéressant.

Chambre 52. Encore un peu de pédo-psy : la grande Marine, 14 ans (en parait 19 avec maquillage, string, piercing, petit brillant sur la dent) désespère sa maman. Elle a avalé une boite de Lexomil dans le week-end et a retourné tout le service quand on lui a annoncé notre décision de la garder. Oh, pas pour longtemps, juste pour poser un peu les choses et organiser le suivi à domicile.
Je suis restée avec elle pour essayer de parler, échappant du même coup à la fin de la visite (encore 5 patients, c'est bien trop long). Moi qui me croyais si forte, au moins dans ce domaine, je dois vous avouer : avec Marine, je mérite un zéro pointé. Je me serais laissé manipuler, embobiner, elle m'aurait bien eu. Je ne l'aurais pas gardé à l'hôpital, je l'aurais renvoyé chez elle bousiller ce qui lui restait de chance pour plus tard, sécher allègrement les cours et faire tourner sa mère en bourrique. Saletés d'ados !
Note pour plus tard : ne plus se faire avoir par les sales gosses, ça ne leur rend pas service.

Seconde note pour plus tard : la pédiatrie, c'est vaste, mais qu'est-ce que c'est bien !


Posté par OpenBlueEyes à 22:31 - Med'scene - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

03 mai 2009

Meet Zoé

J'ai rencontré Zoé en un matin comme tant d'autres, où l'on se disputait les entrées entre externes pour savoir qui de nous pourrait avoir un patient de plus. Ce matin là, j'ai gagné, j'ai pu avoir "la drépanocytaire" ! Pauvre Zoé, à quoi l'on te réduit.
Mais bon, c'était le jeu, chacun son tour, cette fois c'était moi la privilégiée.


Je suis rentrée dans ta chambre, tu étais toute seule. Comme une toute petite fille de 4 ans qui luttait à chaque expiration : "hhen, hhen, hhen". 60 fois par minute. Seule.
Je me suis présentée, j'ai montré mon stétho, fais "Allo zoé" pour écouter le cœur et les poumons, puis je te l'ai passé. Mis les embouts sur tes petites oreilles chocolat pour essayer de t'apprivoiser, mais tu avais le regard fuyant. L'angoisse ? La douleur ? Un peu des deux ? Inquiétant.

Une drépanocytose, quand c'est en crise, ça fait mal. Horriblement mal. Moi j'en sais rien, vous allez me dire, mais tous les témoignages sont unanimes. Et ma foi, on en fait tellement tout un plat de la douleur chez l'enfant que je pensais bêtement que ce ne serait pas la peine d'en rajouter une couche. Et bien si. Les infirmières, si gentilles soient-elles, ont réussi à nous sortir : "Mais tu crois pas qu'elle simule, un peu ? non parce que quand on l'observe de dehors, elle respire sans bruit, et dès qu'on entre, c'est "hhen, hhen, hhen"..."

On l'a mise sous morphine. Elle s'est arrêté de faire ce bruit, même en notre présence.

C'est une peur dingue qui saisit les soignants dès qu'on parle de calmer la douleur et de morphine. La peur bien ancrée non pas de droguer, non, ça on le fait sans scrupule en psychiatrie avec les benzo et autres neuroleptiques, mais de se faire manipuler, d'être utilisé à des fins non désirés. "To be used". Ça, le soignant s'en méfie tellement, qu'il soupçonne même une gamine de 4 ans drépanocytaire au bord du syndrome thoracique aigu. Chapeau bas les amis.

Mon explication à moi, peut-être idiote mais jusque là non démontée, c'est qu'elle avait bien compris qu'on pouvait faire quelque chose pour elle, la Zoé, et que c'était son seul outil de communication.

Mais les infirmières n'étaient pas les seules à ne pas avoir tout saisi.

J'ai rencontré la maman de Zoé le lendemain. Grande noire, très belle, minée d'angoisse et pourtant... comme absente. Physiquement là, mais jamais disponible psychiquement. Toujours au téléphone, en train de dormir ou dans la salle de bain pendant la visite, les soins infirmiers...
J'ai bien mis une semaine avant de pouvoir lui demander ce qu'elle avait compris de la maladie de sa petite fille. Il s'est avéré que pas grand chose. Il s'est avéré qu'elle aussi pensait à un caprice ou du cinéma, quand Zoé respirait mal, ou prenait le téléphone pour faire "allo docteur". Que c'était pas grave, quand elle avait les yeux qui viraient au jaune.


Une maman pas présente, ça déstabilise les équipes. Ce que l'on ne comprend pas fait peur, et une maman qui ne se soucie pas de sa gamine sous oxygène, ça dérange. Et puis on a finit pas apprendre qu'elle était, en plus, embrigadée dans une secte, et je crois que plus personne dans le service n'a voulu l'aborder.

Alors, petite externe que je suis, j'ai pris mon empathie à deux mains et je suis allée la voir. J'ai attendu qu'elle ait fini ses coups de fils, ses distractions en tous genres pour la prendre entre quatre yeux. Je lui ai dessiné la drépanocytose : les globules rouges en forme de faucille qui se coincent dans les vaisseaux du ventre, et la rate trop occupée à détruire ces globules rouges pour combattre les méchants microbes. Je l'ai fait rire avec mes gribouillages approximatifs et on a amorcé ce qui semblerait être ce que nos chers professeurs appellent pompeusement une "relation médecin-malade". Une relation atypique entre une apprentie médecin et une maman de malade pas comme les autres.

Tout le temps de leur présence dans le service, j'ai continué d'apprivoiser Zoé et sa maman. Essayé d'apprendre à l'une à écouter sa fille. Et de permettre à l'autre de retrouver le sourire malgré les bips du scope et tous ces fils qui la tenaient prisonnière. Jour après jour, sans me voiler la face : pour Zoé je n'était pas grand chose de plus que la fille avec Winnie  l'ourson sur son badge. Et pour cette maman, j'avais beau donner de mon temps, user de toute ma psychologie et de ma bonne volonté, je savais bien qu'elle me racontait des salades quand même. Évidemment qu'elle savait ce que c'était, la PMI ! Évidemment on avait déjà dû lui dire de nombreuses foi combien c'était important d'aller y voir la psychologue, et le suivi à long terme, et tous ces détails qu'elle semblait découvrir.
Non, je n'était pas dupe, c'est ça le travail en équipe, c'est comme ça que ça marche à l'hôpital, mais comment faire. Lui dire "Arrêtez de me prendre pour une nouille, la pédopsy du service est venu vous voir il y a une heure ?!". Ou écouter, répéter, et tant pis si je suis un peu utilisée. Si ça peut la rassurer et maintenir le fil de la relation, je prends le risque.

Quand Zoé est partie, se tenant sur ses jambes minuscules, sa maman m'a dit, d'un ton sincère : "Vous allez nous manquer".
Rien que ces quelques mots, q
ue j'ai été utilisée ou pas, que ce soit du faux, du vrai, ou un peu des deux mélangés, ça donne de la force pour passer au patient suivant.
Et prendre de nouveau son empathie à deux mains la prochaine fois...

Posté par OpenBlueEyes à 23:57 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

09 avril 2009

Décrocher la lune…

C’est une des expressions dont je me souviens de mon enfance : « Décrocher la lune ». C’était pour moi un Pierrot en noir et blanc qui grimpait à son immense échelle pour aller décrocher cette lune de son décor de cinéma, et qui la ramenait à sa dulcinée avec un bouquet de fleurs (au cas où la lune ne suffirait pas).

C’est une expression anodine au milieu de bien d’autres qui ressurgissent dans le nouveau stage où je suis plongée : la pédiatrie.
Immersion totale pour 3 mois dans un océan de peluches, de petites voitures, de viroses en tous genres et quelques autres maladies peu sympathiques.
Je n’en sortirai pas la même, c’est déjà certain. Mais j’aime cet élément, j’y suis comme un poisson dans l’eau.

Les gens qui y travaillent sont gentils, souriants, tout le monde dit bonjour. Pas de Patricia. C’est fou. On regarde les petits patients, on écoute, on explique et on prend le temps. On fait le moins de piqures possibles et on prévient la douleur.

Les pédiatres ont un stéthoscope avec un tout petit bout pour écouter le tout petit cœur des enfants. Ils ont des badges bariolés et des tas de trucs à poils multicolores dans les poches de leur blouse. Ils sont immunisés contre tous les virus existants, même la petite gastro de derrière les fagots qui se propage de chambre en chambre ne leur fait pas peur.
Ils vont du nourrisson de 3 kilos tout mouillé à l’ado en mal de vivre, ils naviguent avec un naturel déconcertant entre les pathologies du tout-venant et les syndromes congénitaux les plus bizarres.

 

Et les enfants… Tous différents, et tous semblables. De petites choses à découvrir et à apprivoiser. Des échanges de regards ou de mots entre les lignes pour comprendre, rassurer, apaiser. Et aider, un peu.
Même si l’on se sent encore tout petit, les étudiants, avec nos incertitudes et nos approximations, ils donnent envie d’apprendre. De progresser vite, vite, ne plus se sentir impuissant face à ces poids-plumes qui comptent sur nous.

 

Et puis arrivent les parents.
Parce que je vous décris le tableau idyllique, les petits n’enfants, leurs dessins de maisons et de fleurs, le Winnie l’ourson sur mon badge et autres niaiseries. Mais c’était sans compter sur les parents.

Et si le nourrisson et le jeune enfant sont assez peu porteurs de stigmates de leur condition sociale, les parents nous rappellent cruellement à la réalité : nous sommes un hôpital public. A recrutement donc pour 70 % de gens du voyage, gitans et autres CMU bien accrochés à leur bouteille et leur sucette à cancer. Je fais dans le cliché ? J’exagère ? J’aimerais…
Du coup, en plus d’apprendre à soigner leurs gamins, on apprend à gérer les parents. C’est passionnant, sans rire. Un abîme d’inconnues dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Un mélange épicé d’angoisses, d’agressivité, de langage de la rue, de familiarités, de références socioculturelles improbables, agrémenté d’un large panel d’odeur dont je tairais le nom, n’étant pas toujours certaine de leur provenance.

J’en avais vu quelques-unes, de situations d’un autre monde, pourtant. La "maman-préado" ou mon fameux syndrome de Diogène pourront en témoigner, je m’étais préparée à pas mal de choses. Je m’étais même moquée de ma co-externe, tellement plus naïve que moi, me disant à la vue de ce bonhomme : « C’est quand même fou comme on s’aperçoit que les gens peuvent être… heu... pas comme nous… ». J’ai eu bien tort. Non seulement pas comme nous, mais aussi pas comme on les imagine.
Du coup, pour anticiper leurs réaction, savoir quels mots choisir, quelle attitude adopter, je vous dis pas comme c’est facile. Du funambulisme ou du jonglage, au choix, entre le médical et le social, les mots et les gestes. Un truc d’acteur, un jeu qu’on acquiert avec un entrainement intensif, sans doute, et quelques années de pratique. Un cirque au milieu de la cour des miracles…

Et je n’ai pas encore fait de garde aux urgences… ça promet !

Posté par OpenBlueEyes à 23:14 - Med'scene - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

01 avril 2009

Poisson d'avril !

Je triche, je triche, j'antidate (bouh, pas bien!) ce billet, et en plus je cède à la facilité (quel culot!), mais je voulais absolument partager avec vous ce véritable bijou : "(Petit) Traité de Clinique et de Thérapeutique Psychiatrique". Il tient en une page, et je vous promets, il vaut le détour ! Accès direct : ici.

Enjoy !

Posté par OpenBlueEyes à 12:34 - Sur la toile... - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

28 mars 2009

Capotes n' Co...

Le discours Papal aura fait couler beaucoup de salive et beaucoup d'encre, et la communauté médicale n'a pu rester indifférente, cela va de soi.
Si comme moi vous n'avez rien suivi de cette histoire, mais vous tenez quand même à vous tenir au courant, permettez-moi de vous recommander quelques lectures instructives qui non seulement vous remettront en contact avec l'actualité, mais en plus vous chatouilleront quelques neurones. Un plaisir à ne pas bouder.

Nous avons donc d'un côté les médecins de la Toile, Dr Coq en tête, se sentant plus que concerné par le problème médical d'un discrédit jeté sur le préservatif :
"Nous devions déjà tenter de pratiquer la médecine malgré la presse grand public, la télévision ou Internet, nous devons désormais faire avec les frasques fracassantes du Benito très étroit"  La suite de ce brûlot : "La Peste Pourpre" (rien que ça!) à lire, tant pour le fond que pour la forme (et le dessin de Jak, bien sûr) !                         

De l'autre, la plume habile d'un défenseur de l'information non biaisée, détracteur des idées reçues et de la bonne conscience à moindre coût, j'ai nommé Koztoujours (tu m'intéresses...) et son article passionnant : "Les capotes sont cuites" à lire d'urgence également.

Si au terme de ces lectures vous en arrivez à ma conclusion que la prévention, indispensable, ne passera pas par la distribution de messages médiatiques quels qu'ils soient mais bien par la prise en compte des personnes, à l'échelle individuelle et communautaire, je vous invite à lire cet article, une expérience pleine d'espoir auprès des jeunes d'aujourd'hui : "ABC de la prévention".

C'est fou comme on peut s'instruire, quand on devrait bosser, vous ne trouvez pas ?

Posté par OpenBlueEyes à 15:14 - Sur la toile... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

26 mars 2009

Une Hercule à bouclettes...

Les équipes paramédicales des différents services que j'ai fréquentés avaient toutes un point commun, une entité à part entière, redoutable et redoutée : une Patricia.

Patricia est infirmière. Patricia te regarde de haut, toi petit externe de bonne volonté qui lui a dit bonjour sans mesurer la prise de risque. Alors que les élèves te renvoient un salut souriant, les diplômées te lancent un bonjour pressé mais néanmoins sympathique, les ASH un bonjour en coin en regardant si tu marches bien du bon côté du couloir... Patricia n'ouvre pas la bouche. C'est que tu comprends, elle bosse beaucoup, et elle tient à ce qu'on le sache.

Par contre, si tu demandes naïvement du sparadrap pour le pansement du patient que tu viens de piquer pour un gaz du sang, et qui t'attend en appuyant sur son artère comme il peut, elle en profite pour te faire la leçon.
C'est indéniable, Patricia Sait. Tu peux t'en rendre compte même sans écouter les paroles, rien qu'à la douce mélodie de ses reproches exaspérés : "Mais t'as déjà fait des gaz du sang ??!! Parce que tu dois savoir, c'est une artère. Alors les artères, et bien tu vois, ça saigne, donc il faut faire un pansement compressif, oublie tout de suite ton sparadrap !
"  

Elle me tend une bande de trois mètres d'élastoplaste, deux paquets de dix compresses, un pot de Bétadine alcoolique, tout en me posant des questions : "Et c'est quoi le risque quand on pique dans une artère ? D'y mettre des germes, faut un désinfectant fort" ou encore "Et qu'est-ce qu'il ne faut jamais oublier avant d'emporter son gaz du sang au labo ? De prendre la température du patient!".
Tu étais parti prendre un bout de sparadrap en vitesse, toute contente d'avoir réussi à trouver l'artère du premier coup. Le patient te voit revenir encombrée de compresses, Bétadine jaune, orange et rouge, bande élastique et thermomètre, bougonnant parce qu'on vient de te faire la leçon comme à une malpropre.
C'est la faute à Patricia.

Mais faudra s'y faire, elle est comme ça, tout le monde le sait.
Si je veux prendre un café et qu'il n'y a plus de gobelet, j'ai toujours une âme charitable dans l'équipe qui me prévient : "Malheureuse, repose ça tout de suite : c'est La tasse de Patricia". Ouf, j'ai échappé au pire.

Ce sont les mêmes qui sévissent aux Urgences. Le petit externe perdu arrive très vite à les repérer : celle qui lui demande en guise de bienvenue de faire un ECG immédiatement à la 3, la 5 et la 12 est bien souvent une Patricia. Si elle a en plus une coupe au carré, le regard fermé, et qu'elle jette un œil à la montre autour des pressions de sa blouse en soupirant, les chances augmentent grandement.

Nous avons donc Patricia qui bosse, qui râle, qui donne des leçons : il faut savoir qu'elle a une raison. Eh oui, car voyez-vous, Patricia se Forme. Pas perfectionniste pour un sou, elle va donc de formations professionnelle en compétences z'et qualifications, z'et réunions administrativo-inutiles sur la marque des nouvelles poches de G5% comme l'Hôpital sait si bien en produire.

C'est que l'Hydre a bon fond. Tout, tout au fond. Enfin, on ne sait pas vraiment, mais par philanthropisme on suppose, et on supporte les sautes d'humeur des Patricias (sauf quand elles ont leurs règles, faut pas pousser quand même). Un jour, quand je serais interne et que je passerai six mois dans les services, j'essaierai d'en amadouer une, pour voir... Je vous raconterai si j'y survis !


Posté par OpenBlueEyes à 20:01 - Med'scene - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

21 mars 2009

La bonne nouvelle du jour...

La médecine, c'est pas facile.
La bonne blague, me direz-vous, comme si c'était nouveau !
Mais je me répète : la médecine, tout ce que j'entrevois à mon petit niveau, c'est à dire mes 345 items de l'internat, avec quelques numéros bis et quelques items "dix en un", c'est très compliqué.
Ce qu'on nous apprend est jalonné de grandes vérités, aussi vraies que rares, auxquelles on s'accroche comme on peut. Le reste peut toujours changer. "Fumer, c'est mal". Ok, ça, j'enregistre. Je me fais des petites cases, avec toutes les maladies que ça peut causer, toutes les méthodes pour les diagnostiquer, les examens, et puis comment les soigner, enfin !
Parce que reconnaitre les maladies, c'est bien, agir un peu, c'est mieux.

C'est ici que ça se corse.
Quand il s'agit de soigner, on nous inculque les grands principes des traitements, on nous dit que tout peut être différent dans dix ans, mais que pour l'instant c'est comme ça.
Et "ça", nous revoie à des "conférences de consensus", et des "recommandations".
Des mots barbares qu'on nous aura préalablement appris dans un item à part, dans le "module 1", à côté de l'éthique médicale et de l'information du patient. Autant vous dire que cet item est pavé de bonnes intentions, de vérités inattaquables, de gentilles utopies comme l'annonce parfaite du diagnostic d'un cancer ou la Relation médecin-malade idéale.

Et j'apprends récemment que tout ça, c'est un mythe ! Tout ce que j'essaie d'ingurgiter à grands coup de cas clinique, toutes les pages que j'imprime à grands frais, même l'espace "préparation du concours" de la Haute Autorité de Santé (HAS) dédié aux étudiants, ce n'est finalement qu'une jolie vitrine.
Une vitrine avec des molécules derrière et des labos pharmaceutiques qui payent à prix d'or le fait qu'on nous les enseigne au berceau. "Vous reprendrez bien un biberon de SuperSartan, Mademoiselle ?" "ou un peu de Formamamie ?"
Madame Plumalade® nous aguiche avec ses stéthos jaunes bonbons et Monsieur "Nous, c'est la santé! (Pas les autres)" s'affiche en pages de pub sur nos bouquins de cours.

Et dans un espace que tous pensaient préservé (les recommandations de la Haute Autorité de Santé, pensez-vous...), un oiseau est allé y balader ses plumes, et il nous revient avec de bien mauvaises nouvelles : "Ne vous fiez à personne, ils sont tous corrompus". Rien que ça. Damned. [Le lien direct sur le site du Formindep : ici]
Un Spider Jerusalem de la santé, qui nous crierait, sarcastique : "Si quiconque dans ce monde de merde en avait quoi que ce soit à carrer de la vérité, tout ça n'arriverait pas".

Et je fais comment moi maintenant ?
J'apprends quels tableaux, je suis quels arbres décisionnels, je retiens quelles pilules ?

Heureusement, dans cet enfer grouillant de pots de vin, le gouvernement a trouvé ce qui fera notre Salut, la rédemption de nos âmes : La Lecture Critique d'Article.
De quoi analyser critiquement, donc, chaque nouvelle "vérité" financée par les labos, chaque nouvelle parution dans nos revues médicales. Parce qu'on ne peut se fier qu'à soi-même, en somme.
Pour ma génération (qui s'est battue pour ne pas avoir cette épreuve au concours, arguant du fait qu'elle n'était pas discriminante, que son enseignement était trop inégal, que son intérêt était surtout pour le troisième cycle...) c'est d'un cynisme certain.

Paraitrait qu'il y aurait une revue qui sortirait du lot, qui ferait ce travail. Paraitrait qu'il y aurait des gens encore en France qui se préoccupent de la fiabilité des informations médicales et même qu'on pourrait leur faire confiance. Mais il paraitrait aussi que les lecteurs de cette revue finissent par être des fanatiques inconsidérés qui ne jurent plus que par Elle et voient des laboratoires démoniaques à chaque coin d'ordonnancier...

Avouez, il y a de quoi de sentir un peu perdu.

P.S. : Désolé chère dresseuse d'ours à couette, je viens de voir que nous avons le même sujet du jour, c'était pas fait exprès !

Posté par OpenBlueEyes à 19:27 - Med'scene - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

18 mars 2009

Le presque-parfait

Rose1_bis

P.S. : En grand, c'est mieux !

Posté par OpenBlueEyes à 20:36 - Eyes and Ears - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,



Page suivante »