Open Blue Eyes

Au jour le jour, des études de médecine à la photographie, un regard sur le monde et autres petits riens sur lesquels vous raconter mes histoires.

22 novembre 2009

Juin, c'est même pas loin!

Nous y sommes.

J’avais encore beaucoup à vous raconter, comme les petites choses qui font le quotidien du D4 moyen, entre son meilleur ami le café et l’insulte la plus horrible qu’on puisse lui faire (celle prononcée par le chef de clinique prétentieux qui veut que « Tous les externes de cette fac, vous êtes pas plus bêtes que les autres pourtant, mais vous êtes quand même tellement nuls aux ECN !! »). J’aurais voulu vous parler de mes projets de voyage, ceux qui me font tenir en pensant à l’ « après » ECN, dans des lieux où le seul billet d’avion m’endettera pour dix ans.
J’aurais voulu écrire mes souvenirs de stage, mes coups de cœur et coups de gueule mais finalement, tout ce que je sais faire à présent c’est parler de sous-colles, de boulot, d’items et de conf’. Même en stage je ne vois pas un patient. Et je n’aurai même plus de garde pour me donner un peu d’inspiration tant les nouveaux externes sont nombreux et se battent pour une pauvre garde aux urgences.

La D4 court plus vite que moi, c’est un fait. Je m’en vais essayer de la rattraper et vous donne donc rendez-vous en Juin.

Merci à tous pour votre lecture, vos commentaires, vos encouragements jusqu’à présent… à très bientôt !

Et le premier qui dit que « Juin, c’est vachement loin », je lui fais avaler mon Pilly !


PS : pour ceux qui voudraient un peu de lecture en attendant mon retour, je vous conseille le très beau El Blog : de la vie, en vrac...


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30 octobre 2009

Arnaquons en coeur

Je n’ai rien contre les visiteurs médicaux. Enfin, presque.

Je préfère le préciser d’entrée de jeu, que l’on ne se fasse pas de fausse idée, je ne leur en veux pas personnellement. Ils ont choisi leur métier, et c’est la crise, personne ne pourrait leur reprocher de gagner leur vie. Certaines mauvaises langues diront bien qu’ils tentent de manipuler les médecins, tout le monde sait que c’est complètement infondé. Le tutoiement, les congrès au soleil et la publicité n’ont jamais fait prescrire plus une molécule qu’une autre. C’est de la pure information mesdames messieurs, tout ce qu’il y a de plus scientifiquement neutre.

Bien sûr.

Si je ne leur en veux pas, c’est que je suis persuadée qu’ils sont encore plus convaincus que nous du bien-fondé de leur activité. Ils ne peuvent pas mentir, ils sont vraiment, honnêtement, assurés de ce qu’ils disent et de ce qu’ils font. J’en veux pour preuve une expérience mémorable d’arnaquage en règle dont j’ai été tour à tour victime puis complice, du temps où j’étais encore un peu naïve. Bon d’accord, un peu plus naïve que maintenant.

J’avais déjà été piégée par le VRP de France-Loisirs. Un boulot ingrat, VRP, qu’il faisait pourtant très bien, ce beau garçon, en venant frapper aux portes des jeunes étudiantes qui n’ont pas envie de bosser, et en tendant une carte en guise de bonjour : « Tenez, je vous donne ça, c’est gratuit ! ». La suite vous la connaissez peut-être : « regardez tout ce que vous pourrez avoir avec », « vous aimez la lecture ? » A une telle question, je ne pouvais répondre non, et c’est encore un fil que tissait l’araignée autour de moi. « Vous avez un coin de table, pour que je vous montre mieux ? » et voilà, tel le loup dans la bergerie, le VRP est rentré, il sait qu’il ne repartira pas sans que vous ayez signé pour deux ans.

Que celui qui ne s’est jamais, jamais fait avoir me jette la première pierre.
J’en connais qui ont fait pire avec l’EMC Campus, une espèce de compilation en 10 tomes de toute la médecine, qui vous coute le prix d’une voiture, des yeux de la tête, et de la peau des fesses en même temps. A l’époque où Dieu Google répond à toutes vos questions. Ils sont très forts ces vendeurs.

J’avais été piégée encore par une jeune fille d’une boite d’abonnements presse dont je tairai le nom, mais que vous ne manquerez pas de croiser si vous vous rendez sur le moindre campus au moment de la rentrée. Ils s’organisent en bande, vous harponnent, petit étudiant pommé qui ne sait plus trop s’il doit acheter une blouse, des polys, s’abonner à une ronéo et où se trouvent ces saletés d’emplois du temps dans cette fac immense. La victime idéale. Et vous en ressortez avec un abonnement d’un an à une revue qui au final ne vous servira vraiment, mais alors vraiment à rien. Avec une super réduction cela dit, une affaire !

J’aurais du me méfier.

Mais il fallait que je voie leurs techniques de mes propres yeux, et l’année suivante, en mal de petit boulot pour l’été, je suis allée postuler dans leurs rangs. On passe des épreuves de sélection, pour voir si on est assez convaincant, si on a un minimum de charisme (que j’avais, youhou !) puis vient le temps de la formation. Formation faite par des jeunes, comme nous (parce que le message passe mieux si il vient de pairs). Complètement manipulés, comme nous ne tarderons pas à l’être. On y apprend les techniques élémentaires, le B. A. BA du manipulateur. Bonjour, sourire, vous avez 5 minutes ? sourire. Vous aimez lire ? Vous faites quoi comme études ? Bien sûr, si c’est un jeune, passer directement au « tu » et ne pas hésiter à le questionner sur ce qu’il aime, ça nous permettra d’adapter au mieux notre proposition de vente.
Et comme ce sont des petits malins, à la grande direction de cet attrape-couillon, les vendeurs, en première ligne, ne sont payés que s’ils réalisent des ventes. C’est tellement plus motivant. D’ailleurs, nos formateurs, étudiants eux aussi, ne sont payés que si on fait un certain nombre de vente. Comme ça, leur porte-monnaie dépend directement de la réussite de leur petite équipe.

Pendant ce temps, loin au-dessus dans la hiérarchie, autant vous dire qu’ils s’en mettent plein les poches, en exploitant les étudiants à la fois pour acheter et vendre leurs produits.

C’est une idée de génie, quand on y pense, non ?

Et bien quand on me parle des laboratoires, je ne peux m’empêcher de repenser à cet été qui m’a couté une énergie folle, et finalement rapporté très peu. Je ne devais pas être suffisamment malléable pour vendre n’importe quoi à n’importe qui sans l’ombre d’un remord.

Les grands laboratoires, disais-je donc, s’en mettent plein les poches, eux aussi. Et ne se plient aux règles du jeu des articles scientifique que parce que c’est le passage obligé pour vendre leur produit. Mais ça ne suffit pas, et c’est là qu’interviennent, à côté des médecins attitrés et des dessous-de-table de la Haaaute Autorité de Santé, nos chers visiteurs médicaux. Qui, tels les meilleurs VRP de France-Loisirs, n’arriveront que rarement les mains vide et vous feront signer l’ordonnance au final, n’en doutez pas une seconde.

C'est le genre de chose qui se fait quotidiennement, sans aucun problème, dans tous les services hospitaliers, ou presque. Et ces grandes personnes responsables que sont les médecins se font avoir comme des étudiants perdus de première année. Tout pareil. Ne le dites pas trop fort, ils vont vous soutenir le contraire.
Alors je me dis que ça doit bien être Dr Jaddo qui a raison : mieux vaut ne pas les recevoir du tout, quitte à se taper Prescrire et le New-England en VO ! [Pour les non initiés, Prescrire est une revue inbouffable mais qui a l’avantage de ne pas être financée par la publicité, au contraire de beaucoup de revues médicales. Et « The new england journal of médecine », c’est ça]

 

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03 octobre 2009

L’obstétrique, c’est fantastique.

Vous allez trouver que je radote ou que j’exagère, mais pas du tout.
J’ai raté une vocation de sage-femme à n’en pas douter.
J’aime les salles d’accouchement. Et non, je ne suis pas folle. Il y a un condensé d’attente et d’espoir, de peur et de doute dans une même unité de lieu et de temps, rythmés par les battements du monitoring, qui ne peut laisser personne indifférent.
Les sabots de blocs claquent leur pas décidé entre les chambres et on se demande toujours si c’est pour bientôt. Les heures s’égrènent, les primipares trouvent le temps long, c'est tellement lent un accouchement ! Ca fait deux jours qu'elles contractent et qu'elle ne dorment plus, excitées et anxieuses, et il faut encore attendre... Les anesthésistes posent tranquillement leurs péridurales, les sages-femmes TVètent sans compter, les élèves remplissent leurs jolis partogrammes en 4 couleurs (des dessins qui racontent l'évolution du travail et l'engagement du bébé), les médecins vadrouillent d’échographies en blocs programmés et tout ce petit monde ronronne, à peine interrompus par les cris d’un bébé qui respire pour la première fois.

Et d’un seul coup tout bascule. Un cœur qui fait pftou… pftou…   pftou… bien trop lentement depuis de longues minutes et du sang, rien que du sang dans le liquide amniotique. La sage-femme affolée, un pH à 7,08. C’est bas, très très bas, genre le bébé souffre mais en plus il n’a aucune chance de récupérer tout seul. Branle-bas de combat, tout le monde au bloc opératoire, on pousse la patiente sur son brancard, on pousse un anesthésique, on incise, on sort le bébé. 6 minutes entre le chiffre du pH et la naissance. 6 petites minutes à courir, tirer, pousser. Pour un bébé vivant. Et, à priori, en bonne santé.  

Et comme les urgences n’arrivent jamais seules dans ces cas-là, on nous amène dans la foulée une dame à 33 semaines d’aménorrhée qui contracte tout ce qu'elle peut. Tant et si bien que les tentatives de retarder l'accouchement ont toutes  échouées. Pour vous faire une idée, il manque deux mois de grossesse à ses bébés pour être présentables. Oui, ses, parce qu’en plus d’être pressés ils sont deux !

Une fois au bloc, l’obstétricien, rassuré, propose que l’on mette la péridurale avant l’accouchement. Bonne idée, la patiente est ravie, mais elle ne savait pas : pendant que l’anesthésiste fait son boulot, il ne faut pas bouger. Et je n’ai jamais essayé, mais ne pas bouger du tout pendant une contraction, ça n’a pas l’air évident. Alors elle essaye, elle souffre, elle crie, elle pleure et moi, comme une idiote, je la tiens et je répète « soufflez madame, soufflez ! », « Respireeeeez, souffleeeez ». Ce qui n’a strictement aucun effet. Peut-être seulement celui de me rassurer un peu devant cette douleur que je ne comprends pas.
Et puis, quand c’est presque fini, je comprends : la tête de la jumelle est en train de sortir. On voit les cheveux, puis bien plus que les cheveux, puis…
 

Court arrêt sur image : vous vous rappelez cette garde de réanimation où j’ai du mimer un ECG faute de mots pour dire que j’avais une patiente donc le cœur s’était arrêté sous mes yeux ?

Et bien là, presque deux ans après, une petite fille pointe le bout de son nez et moi je m’améliore nettement en disant à la sage-femme : « je vois une têêête ». Pas impressionnée, elle ne réagit pas tout de suite, pensant sans doute qu’on ne voit encore que le sommet du crâne. Toujours en net progrès, je répète distinctement : « Non mais je vois VRAIMENT une tête ! ». Et c’est donc dans mes mains toutes nues qu’une petite Laura est sortie, en attendant la sage femme qui l’a confiée aux pédiatres pour les premiers soins.

La naissance du second s’est faite de manière plus conventionnelle, enfin… les pieds en premier mais dans les mains habiles de l’obstétricien. Moi j’étais déjà un peu déconnectée de la réalité, encore sous le choc. Loin dans un monde où les gynécologues ne feraient pas de chirurgie, ou bien où les pédiatres feraient des accouchements… Bref, complètement ailleurs.

Et puis je n’ai pas eu le temps de reprendre pied dans la réalité, nous avons eu 5 césariennes en urgence sur cette garde, dont deux autres jumeaux dans la nuit. Et un accouchement normal que j’ai pu faire avec mes petites mains, et avec des gants cette fois !


Et en quittant la maternité ce matin-là, tous les nouveaux-nés allaient bien.

 

C’était mon dernier jour en gynéco. Et pour un happy end, celui-ci est plutôt chouette, non ?

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14 septembre 2009

Les joies de la chirurgie


Dans mon service de gynéco, nous avons l’inestimable chance de passer deux semaines au bloc opératoire. Deux très longues semaines à tenir les murs et admirer les lieux. Et les gens.

Le personnage principal de l’histoire est donc un schtroumpf en bonnet bleu avec de gros sabots de bloc. C’est un chirurgien. Prononcez « Chiiiiirruuuurgien », avec la majuscule. Un être pas si différent de nous autres, pauvres terriens, quand il se ballade dans son service ou ailleurs. Il peut même être une femme, et même avoir des enfants… mais bon, dans ce cas, c’est la nounou qui les élève, soyons réaliste.
Bref, ce schtroumpf se transforme en une bête étrange dès qu’il franchit la porte du bloc opératoire. Un peu comme le conducteur devient ordurier dès qu’il prend le volant et se croit tout permis, le chirurgien devient, à de rares exceptions près, un horrible connard.

Peut-être est-ce moi qui connais mal le protocole de politesse du bloc opératoire, le code de conduite inhérent à ce huis clos… mais pour avoir entendu des personnes dire « merci » et « s’il vous plait », j’en ai déduit que gueuler sur les gens qui ne lisent pas dans les pensées de l’opérateur était une habitude bien ancrée mais non indispensable à la réussite de l’intervention. Il en résulte une cascade de réactions, toujours les mêmes : le grand Chef crie sur l’infirmière instrumentiste, qui elle-même rend la politesse aux chefs de cliniques, qui à leur tour gueulent sur les internes. Qui se taisent. Je ne voudrai pour rien au monde être à leur place. Leur seul enseignement pratique, il se fait sous les ordres, les cris, ou les soupirs exaspérés de leurs aînés.
Les chirurgiens sont les rois de la pédagogie.

Et puis cette habitude de tout commencer aux aurores ! Huit heures du matin, ils sont déjà le bistouri en main, ou le dossier de staff étalé sur la table, pas de temps à perdre ! Je leur préfère de loin leurs confrères anesthésistes, avec leur flegme et leur demi-douzaine de café à l’heure en toutes circonstances. 

 

Et une fois ressorti du bloc, la transformation s’effectue en sens inverse, l’odieux personnage se mue en quelqu’un de tout à fait convenable. Enfin, parfois. Si on a de la chance, quoi… 

 

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21 août 2009

Marchons, marchons !

Je vous propose de nous recueillir aujourd’hui à la mémoire de mon stylo-bille noir, prénommons-le Alfred, mort dignement au combat en D4, premier décimé d’une longue série puisque ses collègues des tranchées font grise mine à leur tour (ha ha).

Ainsi, tout comme le carnet que j’ai dédié à la calcémie corrigée, en espérant qu’elle se souvienne de moi le jour du concours même si moi, je ne me souviens jamais d’elle, mes vaillants soldats défendent bravement, jour après jour les couleurs de ma D4.

La D4, cette année qui m’autorise à devenir une associable notoire, une idiote savante, coupée du monde mais pas des 345 chapitres qui rythment mes après-midi.

Ca y est, je fais enfin partie de ceux que je voyais les années précédentes, forçant le respect avec leur aura : bientôt ils seront médecins ! Leur teint blafard, leurs muscles flasques et le verbe pauvre, tout cela n’y changeait rien : c’était la même admiration dans mes yeux que la jeune lycéenne devant les grands dadais de Terminale. Qu’importe leur acné et leur baggy sous les fesses, ils allaient avoir leur bac : trop–la–classe.

C’est donc à moi de livrer bataille maintenant. En première ligne. Et les assauts des Pas-Mis-Zéro, ces mots-clés pervers qui s’invitent dans le moindre item, les détails des ionogrammes, les subtilités des tracés ECG, les conférences de consensus de la HAS, et tout un tas de classifications imbittables, rien ne résistera à mon armée de stylos, feutres, marqueurs, fiches, feuilles, cahiers, classeurs, livres et cas cliniques !

Les ECN n’ont qu’à bien se tenir.


P.S. J’ai beau avoir une motivation sans bornes, cher lecteur, tes messages d’encouragement seront les bienvenus, d’autant plus qu’il n’est pas tout à fait improbable que j’ai au cours de l’année des retours de bâton, dans le plus pur style « Grande symphonie en déprime majeure », faite maison.
Si vous m’entendez à cette occasion dire que « je n’y arriveraiiii jaaaaaamaaaais », vous pouvez me piquer des boules Quies pour attendre que ça passe, c’est permis.



 

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30 juillet 2009

D'eau et de sang

C'était ma première garde en gynéco.
On m'en avait dit des horreurs, on m'avait averti de la désespérante futilité des motifs de consultation, du caractère répugnant des accouchements… La fleur au fusil, je me suis rendue à ma garde avec une excitation mêlée d’appréhension : « et si c’était vrai… ? »

Et je suis ressortie, 26 heures plus tard, sans avoir dormi ni pris de repas digne de ce nom, un sourire béat sur les lèvres.


Entre temps, j’avais fais mon premier examen gynéco, posé mon premier spéculum, vu des femmes jeunes, moins jeunes, enceintes ou non… j’avais suivi, voire collé les sages-femmes à la semelle pendant des heures, à tel point qu’elles m’ont laissé faire mes premiers gestes. (Oui, la sage-femme est un être particulier à l’hôpital, une sorte d’extra-terrestre mangeur d’externe qu’il convient de savoir apprivoiser si l’on veut pouvoir approcher une femme enceinte à moins de 10 mètres)

J’étais allée au bloc, et j’avais pu m’habiller pour voir une césarienne. Quand je dis « m’habiller », c’est le signe d’un grand privilège : celui d’être admis dans le cercle très privé des personnes en stérile, qui peuvent se pencher sur le champ et tripatouiller les outils !
Ma mission consistait à tenir l’aspiration, et éviter que tout soit inondé. Mais c’est tellement surprenant, ce geyser à l’incision de la poche des eaux … J’ai donc été baptisée de la blouse aux chaussures, de liquide amniotique et de sang. Et j’ai aspiré, tremblant moins que l’interne essayant de sortir ce gros bébé, puis le tenant par les pieds, victorieux. 4 kg 500 et des brouettes.
Fin de la précipitation : l’enfant va bien, il parait qu’il crie mais je suis trop sous le choc pour l’entendre : la mère perd des litres de sang et il parait que c’est normal. Je ne cesse d’aspirer pendant que l’interne recoud ; il tremble toujours lui aussi.
A la fin de l’intervention, je vois la mère sourire à son garçon, je suis en sueurs et mes jambes me font des blagues. Noir. Pause. « Non non, tout va bien, laissez moi juste quelques heures pour m’en remettre ! »

Et puis, une fois mes esprits recouvrés et la soirée passée, l’activité aux urgences s’est tassée, et j’ai pu aller de l’autre côté du rideau : « En Salle ». Avec le secret espoir de voir des accouchements, des vrais !
J’avais préparé mon petit discours à l’avance « Bonjour Madame, je suis étudiante en médecine, est-ce que vous me permettriez de rester dans la salle pour l’accouchement ? » Mais pour le premier, on m’a attrapée au vol dans un couloir, tirée dans une salle d’accouchement où régnait le foutoir le plus complet, la Madame poussait déjà, et en cinq minutes, montre en main, le gamin était sorti. Avait glissé dehors, même, tant les événements s’étaient précipités.

Ce premier bébé a signé le coup d’envoi pour la nuit, toutes les femmes de la maternité se sont mises à contracter à tour de rôle, et les accouchements se sont succédé sans interruption jusqu’au matin. Des beaux bébés, des bébés moches, des bébés bleus, des criards, des tout calmes, des doubles ou triple circulaire du cordon, des prématurés, des réanimés, des en bonne santé…
J’ai même pu tricher et suivre la pédiatre dans ses premiers soins aux nouveau-nés. J’étais aux anges. Les internes n’en revenaient pas de voir une externe courir partout dans la maternité au beau milieu de la nuit, moi je n’en revenais pas de voir tant de choses pour ma toute première garde. 

Donc non, si on n’est pas trop impressionné par les diverses sécrétions corporelles, un accouchement n’est pas répugnant. Ce n’est peut-être pas seulement un moment magique ou beau, mais c’est la vie, et c’est un moment intense. Rien de moins.

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27 juillet 2009

I heard there was a secret chord...

I heard there was a secret chord
That David played and it pleased the Lord
But you don't really care for music, do you ?
Well, it goes like this, the fourth, the fifth
The minor fall and the major lift
The baffled king composing Hallelujah...

Well your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty and the moonlight overthrew you
She tied you to her kitchen chair
She broke your throne and cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah...

Baby, I have been here before
I've seen this room, I've walked this floor
You know, I used to live alone before I knew you
I've seen your flag on the marble arch
Love is not some sort of victory march
It's a cold and it's a broken Hallelujah...

There was a time when you let me know
What's real and going on below
But now you never show that to me, do you ?
And remember when I moved in you
And the holy dove was moving too
And every breath we drew was Hallelujah...

Maybe there's a God above
But all I've ever learned from love
Was how to shoot somebody who outdrew you
And it's not a cry of joy that you hear at night
It's not somebody who's seen the light
It's a cold and it's a broken Hallelujah...

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06 juillet 2009

On dit bonjour aux nouveaux !

Voici deux nouveaux arrivants dans ma liste de liens ! Et on dit bonjour au monsieur et à la dame, on est poli ! Attendez, je vous présente, quand même :

- Voici Thétis la gynéco, qui m'a particulièrement touchée par son dernier article (pas si récent, mais c'était pendant l'ère des examens, donc mon retard ne compte pas) : Les promesses de l'ombre. A méditer.

- Et mon dernier coup de cœur : Un spykologue sur la toile ! Sans parler du fait que j'adore sa bannière (oui, bon, je suis jalouse, ok...), j'apprécie beaucoup de ses articles. Allez voir par là si c'est pas sympathique !

Bonne lecture !

Posté par OpenBlueEyes à 18:41 - Sur la toile... - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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05 juillet 2009

C'est l'été ... et (presque) les vacances !

Ce fut long mais nous en sommes arrivés à bout : après un mois et demi d'épreuves, le cru 2009 des examens s'est enfin achevé jeudi dernier par la meilleure matière : la pédiatrie ! Heureusement, parce qu'il en fallait du courage pour bosser encore au début du mois de juillet, alors que tout le monde se faisait déjà dorer la couenne sur la plage !

Vous comprendrez donc à la fois mon enthousiasme actuel et mon manque cruel d'inspiration pour ce billet, et je pensais ainsi vous décrire mon nouveau stage - tout ce qu'il y a de plus banal en réalité, mais quand on sort d'un service aussi fantastique que celui que je viens de quitter, on ne peut qu'être choqué !


Neuf heures, Madame la pH nous offre une visite touristique des locaux pittoresques de ce vieil hôpital : le secrétariat au 3e étage, puis une dizaine de marche, on traverse en troupeau désordonné le service d'hospitalisation avant de rentrer là où il y a marqué "bloc opératoire", monter encore un niveau, pour arriver en salle de staff. Qui fait vestiaire aussi, pour les externes et les internes.

Une fois assise, Madame la pH commence à insulter nos prédécesseurs, puis à insulter les auteurs des copies qu'elle venait de corriger, parce que "c'est pas étonnant, avec les bêtises qu'on lit, que vous soyez la lanterne rouge de l'internat !".
Le ton est donné. Vient ensuite le traditionnel descriptif de l'équipe : "Madame machin qui fait les consultations du lundi après-midi et du jeudi matin, Monsieur Bidule qui vous fera la visite du mercredi une semaine sur deux, Madame Unetelle..." Autant de noms qu'on note sagement dans son carnet à spirale, avec une orthographe toute approximative et aucune idée des personnes qui sont derrière.

Et en conclusion concernant l'organisation du stage, notre utilité n'a pas été dissimulée trop longtemps, Madame la pH nous a tristement ramenés à la réalité de notre condition d'externe : "Bon, vous vous arrangez comme vous voulez, vos collègues avaient l'habitude de partir très tôt, mais je veux qu'il y ait au moins un externe de 8h à midi et demi au cas où j'ai besoin qu'on m'apporte un dossier ! Ah, et pour les ECG, aussi... "
Ah, et on sert à rien, à part ça ?
"Les patientes arrivent le soir, se font opérer le lendemain, alors vous faites une observation courte, mais bon, vous ne les examinez pas trop hein.."
Bien, bien...

 

Lendemain, arrivée 8h pour le staff de chiiiruuurgiiie où l'on regarde les imageries (Oh le beau fibrôôôme, oh la jolie tumeuuuur !), fin à 8h42. Pause café jusqu'à 9h15. Bonjour à mes patientes (dont une en plein pansement, une autre à la toilette, une troisième au bloc...). Rangement des examens complémentaires. 9h30, Fini. Tristement fini, genre désœuvrée, genre petite chose inutile qui, si elle a des observations à rédiger un jour, sera bien gentille d'aller les faire ailleurs que dans le service, parce que ça dérange, ça prend de la place.

Deux solutions s'offrent donc à moi : soit je deviens aigrie comme mes prédécesseurs, et personne ne m'adressant la parole, je n'adresse la parole à personne non plus, je m'en vais à neuf heure dix en m'assurant que quelqu'un reste pour l'astreinte ECG et le boulot de coursier.... Soit j'essaye de dire bonjour aux infirmières avec le sourire, de leur poser des questions juste pour qu'elles s'aperçoivent de mon existence, de discuter avec mes patientes de leur moral en berne, de suivre les internes même si je les encombre dans leur visite...

 

Je sens que ça va être long, ce stage...

 

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29 juin 2009

Les belles choses...

Deux_mains_sur_un_piano__ou_l__me_des_belles_choses
 

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