27 février 2008
Maison de retraite
C'est jeudi matin, à la maison de retraite.
Comme la plupart des étudiants en médecine, je bosse, à côté de l'hôpital, des cours, et de la bibliothèque universitaire. Etre dépendant de ses parents à Bac+4, 5 ou 6, ça craint, comme disent les jeunes.
Donc j'essuie des peaux froissées par le temps et je change des couches. Je porte de toute la force de mes petits bras et de mes lombaires des corps fatigués, je savonne, je rince, je sèche, je pommade, j'habille, je coiffe, je rassure. J'essuie les larmes de madame parkinson qui ne peut plus rien faire mais qui a toute sa tête. Je regarde le derrière de madame hémorroïdes, j'inspecte le bleu de madame n'a-plus-que-la-peau-sur-les-os, et je cueille le sourire de madame dialyse. Elle sourit toujours, ça fait un bien fou.
Ce matin, je bataille avec l'ascenseur décidément trop petit - les autres aides-soignantes ont pris le truc pour caser les fauteuils roulants dedans... moi je n'y arrive presque jamais, je peste.
Et puis je me suis fait mal au dos. J'ai du m'occuper d'une mamie que je ne connaissais pas. Qui m'a assuré du haut de ses cheveux bleus - mais oui je vous promets ma petite, vous me prenez pour qui ? - qu'elle se tenait ferme sur ses pattes. Perdu, elle s'est effondrée dans mes bras - et ma colonne vertébrale.
Ce matin, une des pensionnaires ne peut plus faire un pas.
Ses mollets ont triplés de volume en quelques jours. Elle a mal, mais surtout, elle a peur : la seule parcelle d'autonomie qui lui restait lui file entre les doigts de pied. Elle essaie de toute ses forces de faire avancer ses jambes remplies d'œdèmes, mais non, ça ne veut pas marcher.
On a appelé le médecin, Il saura quoi faire, c'est certain. Mais la femme qui arrive est furieuse du dérangement. Une boule de nerfs à perruque noire et talons hauts. Clac clac clac décidé dans le couloir.
Elle ressort de la chambre après une minute trente montre en main. Claquant la porte, tonitruant, qu'elle ne peut rien faire de plus, qu'il fallait pas lui dire que c'était grave, que les OMI depuis quand c'est une urgence vitale. Comprendre : "elle est pourrie, je m'en fous, je retourne à mes consultations, démerdez-vous". Clac clac clac elle est partie.
La petite aide-soignante que je suis observe la scène depuis l'autre bout du couloir. Elle est trop éberluée pour être révoltée. Elle sait qu'elle n'a pas encore fait assez d'études pour avoir du répondant. Mais elle se promet, qu'un jour, elle dira leur quatre vérités aux médecins pédants qui ne respectent pas leurs patients, fussent-ils des petits vieux bien trop intimidés pour dire leur souffrance. C'est promis.
23 février 2008
La théorie des noyaux
Je suis un nucléon.
Vous vous rappelez de vos cours de physique ? Cherchez bien, entre les souvenirs des copains de collège ou de lycée, et les bruits de cour de récré. Bien caché, il doit peut-être se trouver quelques images d’atomes et de noyaux, avec leur cortège d’électrons qui gravitent à vous en donner le tournis.
Ben voilà. Je suis comme ça.
Avec ceux qui osent dépasser mon périmètre de confiance, c’est comme entre deux nucléons : la force la plus grande de l’univers.
Mais pour ce que l’on appelle couramment les relations sociales, je suis une incapable notoire. Pas misanthrope, hein, seulement entre le fusionnel et la méfiance, je ne connais pas de juste milieu. Suis comme ça.
Pourtant il y en a, du monde, entre la fac, l’hôpital, la fanfare des étudiants en médecine à laquelle je participe, et cætera, et cætera. Des terrains infinis pour tester la distance entre moi et les autres, le fil de la relation… mais non, décidément. Incapable notoire, vous disais-je.
Bon, c’est pas si grave, j’ai trouvé mon proton, ma symbiote (définition : qui vit en symbiose, on a pas été inventer quelque chose de très compliqué).
Ma symbiote est pire que moi : elle vit avec son chat. Moi j’ai un mâle humain dans ma vie, en chair, en os, et (presque) en muscle, même. Elle, elle a des tas d’électrons, une montagne de connaissances, gravitant, virevoltant, lui jouant des tours. A plus ou moins de distance selon l’humeur et le sens du vent. Finalement peu à qui elle ose ouvrir sa coquille d’huître. Et encore moins avec qui elle ne le regrette pas.
On finirait presque par être heureuses, entre symbiotes,
avec nos compagnons respectifs ! On pourrait se consacrer entièrement à
nos études, se dévouer à la médecine, et se raconter nos histoires de fille
quand elles nous tracassent. Mais bizarrement, je crois que quelque chose
manque. Un petit rien, sans doute, mais la théorie du noyau ne nous facilite
pas la vie tous les jours.
Alors si vous savez comment on fait autrement, hein, vous avez deux intéressées !

17 février 2008
Premières impressions
Londres sous le soleil, vous y croyez ? Regardez plutôt ici !
De Tower Bridge à Oxford street, en passant par King's cross, Soho, Whitechapel... je découvre London city, et j'aimerai que l'on puisse y rester encore loooongtemps ! Mais bientôt le retour (et plus de photos si celles-ci vous plaisent déjà)...
Comme on dit ici : Cheers !
11 février 2008
Et ça l'amuse de jouer au phare...
La Tour Eiffel, de nuit, entre Montparnasse et l'Ecole Militaire.
Entre la démographie médicale et les vacances : Vendredi le discours de Roselyne Bachelot sur l'organisation de la santé, demain le début d'un séjour paris-londres en amoureux.
Va falloir que je vous écrive un mot sur tout ça... 
06 février 2008
item n°4 : Savoir Pourquoi tu le fais
On vient de faire hospitaliser une gamine, qui
ne mange presque plus, qui veut mourir et qui ne trouve pas ça si grave. Qui a
13 ans. Je suis un peu tristoune : ils sont tellement
mignons ces pré-ados, c'est dommage d'en arriver là. Mais bon, ça s'est passé
sans trop de difficulté : elle était d'accord, sa maman a fini par l'être
aussi... si c'est pour son bien. (C’est
qu'en fait madame on n'a pas l'habitude d'enfermer des jeunes filles pour notre
plaisir, ici...)
Ca ne doit pas être facile.
Mais en fait, si j'y pense, ça m'est déjà arrivé
dans ma courte vie d'externe.
Autre lieu, mais toujours en pédopsy. Le petit
V., 8 ans est autiste (qui parle, parce que j'en ai d'autres qui ne parlent
pas). Il crie qu'il va mourir et se jette la tête la première contre la porte
de l'hôpital de jour. Sa voix vire au suraigu et il se cogne de plus en plus
fort. Je prends peur, et je l'attrape avec mes petits bras, pour finalement me
retrouver à le maintenir de toutes mes forces. En priant pour que les
soignantes arrivent vite. C'est qu'il a de la force, avec toute son agressivité
qui explose tout d'un coup.
C'est que je ne sais pas trop quoi faire, avec
toute mon inexpérience crasse...
Et aujourd'hui encore, je me demande : et si je
l'avais lâché, se serait-il calmé plus rapidement ? Se serait-il fait plus mal
encore ? Imaginez-vous, avec un petit bout d’homme dans les bras, qui vous
hurle dans les tympans une violence qui le dépasse lui-même et qui se débat
avec l’énergie du désespoir.
Il y a de quoi ne pas être particulièrement à
l’aise et sûre de soi.
Petit V. a terminé sa crise de colère dans la
cour de récréation. Epuisé.
Pour recommencer sans doute quelques jours
après.
Ce sont des énigmes face auxquelles tout le
corps médical semble parfois impuissant.
Moi je ne sais toujours pas comment on aurait pu
l'aider. Mieux.
05 février 2008
Juste après dresseuse d'ours...
Bon, je devrais être en train de réviser, je sais.
Mais vraiment, là, c'est pas possible, il faut que je vous en parle :
J'ai découvert ce blog : Juste après dresseuse d'ours... et cet article sur une garde aux urgences.
Ben je suis toute retournée...
Bêtement nouée quelque part entre l'estomac et la gorge, entre les fous rires de certaines histoires et la vérité cru de certaines autres...
Ca me donne des idées pour la suite, tiens.
Bonne lecture
Etats Généraux de l'Offre de Soin : c'est vendredi !
Sous ce titre pompeux ne se cache sans doute qu'une grande hypocrisie de plus dans le domaine de la Démographie Médicale....
Qu'à celà ne tienne, mes billets de trains sont déjà commandés, et je suis ravie de pouvoir y assister !
Pas seulement pour l'intérêt aléatoire des tables rondes, ni pour l'accent marseillo-parisien du Pr Berland, ni pour notre chère Ministre de la Santé (à ce propos, je viens d'apprendre sur ce blog, qu'elle était déjà à la commission des affaires sociales il y a 20 ans... bravo la gestion démographique !)
Non, si j'y vais, c'est un peu pour me rappeler que j'ai consacré une année à cette problématique, et surtout pour rappeler, avec tous ceux qui seront là, que les étudiants sont déjà acteurs du système de soin. Déjà partie prenante dans les décisions qui nous concerneront, celles qui touchent notre exercice futur et la santé dans notre pays.
Il va être question de mesures incitatives, de répartition, de numerus clausus, d'Examens Classants Inter-régionaux... un charabia qui au fond, va sans doute nous rappeler que pour beaucoup, nous sommes de jolis pions sur une grande carte de France, et que ce serait plus pratique si on était de gentilles machines, disposées à soigner où il faut (enfin, où on nous dit d'aller), comme il faut (les protocoles, y'a qu'ça d'vrai), au prix qu'il faut ...
C'est dommage, ça pourrait être tellement passionnant. Si si, je vous assure, passionnant, la Santé Publique. Imaginez plutôt : en mettant toutes nos têtes pensantes en commun, et le patient au coeur de nos efforts, on pourrait arriver à mieux organiser les soins, à simplifier les choses, à aider Tous les patients et futurs patients à se retrouver dans un système cohérent.
Oui, mais ça ne pourrait marcher qu'avec une considération Humaine sur la question.
Et on en est encore loin...
02 février 2008
Musicales « Pictures »
Idée de cadeau pour noël avant même de m’y pencher vraiment pour mon compte, c’est avec une grande surprise que j’ai découvert Katie Melua cet hiver. Une belle voix, sans artifices, des mélodes charmantes et surtout des paroles qui sonnent juste. Son nouvel album « Pictures », nous donne de belles images à entendre et sort du registre bluesy de Norah Jones pour explorer d’autres paysages…
Mes coups de cœur vont à « Perfect Circle », « What
I Miss About You », et « Scary Films »… mais j’ai depuis écouté
les autres œuvres de cette jeune artiste britannique et je ne saurais que vous
conseiller de jeter une oreille à « Belfast » :
“And I'm divided between penguins and cats,
But it's not about what animal you’ve got,
It's about being able to fly,
It's about dying nine time”
et « Spider’s
web » :
Is the width of a thread from a spider's web.
The piano keys are black and white,
But they sound like a million colours in your
mind”
Bonne
écoute !




