25 mars 2008
Dans le grand bain
Une fois l’étape de la première année passée, le tout nouvel étudiant en médecine est plongé d’emblée dans le grand bain. Trois semaines d’immersion dans un service, avant même la rentrée suivante. « Stage d’initiation aux soins infirmiers », qu’ils appellent ça… En réalité, il s’agit plutôt d’une confrontation légèrement brutale à la vie hospitalière. A la vie et à la mort tout court, d’ailleurs.
Premier jour, premiers regards. On se jauge… il y a quelques semaines nous étions concurrents, nous voilà « collègues ». La plupart d’entre nous n’ont pas l’habitude des murs de l’hôpital. On les sent perdus, flottant dans leur blouse blanche toute neuve à la coupe improbable. Et pour ceux qui comme moi connaissent bien ces murs, on est impressionnés quand même. Passer de l’autre côté de la blouse n’est jamais anodin.
Le tirage au sort a décidé pour moi : ce sera la cancérologie.
Fa-cile.
Dans le service, on est trois « bébés médecins ». On s’est reparti les patients, j’ai une mamie toute gentille, qui vient juste d’arriver. Son histoire est très compliquée, je comprends juste qu’elle a été opérée plusieurs fois, et que ça ne veut pas cicatriser. L’infirmière lui fait une prise de sang. Mais elle a les veines trop fines, la petite dame… rien au coude, rien sur le bras… il va falloir piquer sur la main. Ca lui fait mal. Elle a beau être courageuse, on sent bien que c’est douloureux.
J’ai mal pour elle, j’ai chaud, des sueurs, l’estomac qui ne sait plus où se mettre et je commence à y voir tout noir. La patiente est tellement adorable qu’elle dit à l’infirmière : « Faut vous occuper de la petite là, z’avez vu comme elle est blanche ? » Voilà : première prise de sang, premier malaise… je sens que je vais faire une grande carrière moi !
En quelques jours, on prend nos marques. On aide les aides soignantes à faire des toilettes le matin, on apprend à faire les « sous cut’ » d’anti-coagulants, on devient même champion dans ce domaine et on compare nos scores : « Moi j’en ai fait 3 ce matin ! » « Et ben moi j’en ai fait qu’une, mais j’ai retiré un drain ! » …
Au passage du grand chef, nous sommes complètement invisibles. Tant mieux, on observe tout et on se permet même de critiquer : « T’as vu comment il parle aux patients ? » « Le pire, c’est sa manière de désinfecter la plaie, les infirmières doivent hurler ! » C’est qu’on insiste sur l’importance de l’hygiène, dans ce stage. La désinfection, le lavage des mains. C’est même la seule chose qu’on prend la peine de nous enseigner (pour le reste, c’est « démerdez-vous »…avec le sourire). Et pour les grands chefs, soit c’est enfoui trop profond dans leurs souvenirs, soit c’est qu’ils sont naturellement stériles.
A voir comme les radiologues sont naturellement immunisés contre les radiations, je penche pour la seconde solution…
On a eu la chance d’aller au bloc aussi. J’aime bien le bloc, c’est rigolo. On grimpe au sixième étage du bâtiment et on a une vue imprenable sur le quartier… j’aurais jamais imaginé ça avant. Les internes mettent la radio et font des blagues tout en opérant.
Les meilleurs, c’est les chefs de clinique. Ils sont trop beaux, et en plus, ils ne me regardent même pas d’un air condescendant quand je leur demande ce que c’est, au juste, un « chef de clinique ». C’est plus fort que l’interne et moins fort qu’un docteur, d’accord, ça me va.
Le bistouri électrique donne une odeur de cochon grillé à l’atmosphère. Après l’épisode de la prise de sang, tout le monde me dit que je peux sortir quand je veux, si je veux, que ça vaut mieux que de tomber sur le champ stérile. Mais ils n’ont rien compris : on ne voit pas les gens souffrir, au bloc. On ne voit même pas leur visage. Juste un morceau de ventre et des seins qu’on traite comme un bout de viande pour enlever la tumeur en marges saines. Et je n’ai pas de compassion pour un bout de viande, ça ne me retourne pas le ventre.
Mes deux collègues ont eu le droit de recoudre après l’intervention, ils étaient tout fiers. Moi je suis jalouse et je maudis cet univers de misogynes mais tant pis, de toute façon, je ne ferai jamais chirurgie !
En trois semaines, ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’on finit par s’attacher. Trois semaines de « Bonjour madame machin » avec un grand sourire, « comment allez-vous aujourd’hui ? », le plus convainquant possible, parce qu’on sait très bien que cette petite mamie, ça ne la fait pas rire du tout d’être coincée sur ce lit d’hôpital.
Trois semaines à nettoyer sa plaie immense à la Bétadine. Trois semaines à attendre la programmation de l’intervention. Et puis, l’avant-dernier jour, son état s’est trop dégradé, ils ont décidé de la prendre au bloc.
Je n’ai pas osé demander à l’accompagner.
J’ai passé la journée à attendre des nouvelles, vaquant dans le service sans la bonne humeur habituelle.
Après des heures d’opération, elle n’a pas survécu.
Elle avait assez souffert, j’imagine.
Ce tout premier stage, je ne l’oublierai jamais.
20 mars 2008
Toutes petites têtes
Ce matin, grande première. Tel Gulliver, je suis arrivée dans un monde de lilliputiens, ne sachant pas trop où mettre les pieds ni comment me comporter : l'hôpital de jour des jonquilles. C'est la saison.
Premiers regards, premiers sourires. Je me sens plus minuscule qu'eux. Ils ont trois, quatre, ou cinq ans, maximum, mais ils m'impressionnent un peu. Dans leur fragilité et leur particularité. Ce sont des petits autistes.
Le groupe m'accueille très gentiment, j'ai des "bonjou' ma'iiiiie" à n'en plus finir, des sollicitations dans tous les sens, et je découvre petit à petit les règles de vie de ce microcosme. Les chaises en bois taille 40 (centimètres) pour tout le monde, les images pour communiquer quand les mots sont durs à trouver, les temps de travail et les temps de jeu. Les puzzles, les perles, le petit train. Je vais prendre mes repères, bientôt, c'est certain.
Les petits autistes s'en sortent mieux que mes "grands" de neuf ou dix ans avec lesquels j'avais travaillé en début d'année. Ceux-là parlent, demandent de l'aide quand ils en ont besoin, apprennent même à faire des phrases. Ils ont le regard hésitant, mais qui parfois se plante dans mes yeux, et je sais que la relation sera possible. On sent l'espoir dans ce groupe. La responsabilité aussi : si tout se joue "avant six ans", c'est maintenant que ces enfants doivent se raccrocher au monde. Je sais déjà trop bien comment ils risqueraient de devenir sinon, enfermés dans leur bulle avec leurs rituels et leur stéréotypies. J'ai un peu peur mais j'ai envie d'essayer, moi aussi, d'aller à leur rencontre.
Un petit avis personnel, tout de même : Jeunes parents, si vous me lisez, arrêtez d'appeler vos enfants Matis ou Killian, s'il vous plait !! On s'en sortait déjà pas dans les cours de récré, maintenant même à l'intérieur des groupes on ne s'y retrouve plus !
10 mars 2008
Lovely Paris
Je vous l'avais promis il y a quelques temps : voici quelques photos de mon voyage (de vacances ! c'est assez rare pour être remarqué !) à la capitale...
(si je suis aussi lente pour redimensionner les photos de Londres, vous n'êtes pas prêts d'en voir la couleur... mais ça entretient le suspense !)
05 mars 2008
Du bonheur en live !
Je suis quand même une fille chanceuse.
En quelque mois, j'ai pu assister à des concerts tout simplement géniaux. Ou fantastiques, ou éblouissants, ou tous les qualificatifs que vous pourrez leur trouver. Voyez plutôt :
- Dimanche soir : Symphony X en tournée pour leur dernier album : Paradise Lost. Des extraits sur le site : www.symphonyx.com
Si vous trouvez quelque part sur la toile la chanson "Out of the ashes", ou si un charmant lecteur savait comment l'on peut stocker (et partager) des fichiers audio, je me ferai un plaisir de vous faire entendre ma chanson préférée du concert. Un vrai moment de musiques et d'images plein les yeux. Russel Allen qui me bluffe, toujours autant : de la présence sur scène comme j'ai rarement vu un artiste en avoir. Bon, d'accord, le gabarit et le coffre aident sans doute un petit peu... mais quand même.
Out of the ashes of my youth
- I rise a man
And trough the eyes of truth
- I finally understand
The way
- En décembre : Therion, la tournée des 20 ans ! Un spectacle d'une énergie rare, avec juste assez de petits défauts pour qu'on se sente à l'aide, presque sur scène, avec les trois chanteurs et les musiciens. Et puis la magie qui s'étend sous nos yeux et les arcs-en-ciels vocaux qui se déploient devant nous pendant près de trois heures de concert. Fantastique...
Une petite vidéo
Et encore une !
- En novembre : Riverside. Un groupe progressif polonais. Autant vous dire qu'il est peu connu. Et pourtant, un son unique sort de ces guitares, de la voix du bassiste-chanteur, et des harmoni(qu)es qui s'en dégagent. Ah, pour une fois que j'ai un bon fichier à vous faire écouter, allez voir sur Deezer.com !
- En Octobre : Kamelot. Mes chouchous de nordiques. Mes préférés de scandinaves qu'on comprend rien à ce qu'ils racontent quand ils ne parlent pas anglais. Ca tape fort, ça fait un show impeccable, Roy Khan donne de la voix et ça m'éblouit. Voilà. Oui, je suis une petite fille émerveillée par les lumières dans la nuit... et alors ?!
Une petite vidéo,
The haunted, avec Simone Simons.
- Enfin, Angra, mon presque-premier concert de métal (ne vous vexez pas, mes frères, vous restez les premiers et les meilleurs à mes yeux!). Angra qui est avait d'ailleurs été également le premier compact-disc métall(ique) dans ma chambre de lycéenne il y a quelques années déjà ! (les seules vidéos que je trouve à vous montrer ont d'ailleurs sacrément vieilli ! La preuve en image ... ça nous rajeunit pas tout ça !)
Bon, de nos jours et en concert, Angra, c'est quand même nettement (enfin, un peu) moins kitch. Mais ça reste indescriptible. C'était André Matos. Ca reste du métal brésilien, et du très bon, fou et carré à la fois... un régal !
Je dois vous avouer quelque chose, aussi : si je suis une fille chanceuse, c'est surtout grâce à mon namour d'homme qui m'offre tout ça ...
04 mars 2008
Petite mignonne
Chez mes petits alzheimers, je prends soin de vérifier le matin qu'ils se souviennent un peu de moi. Au lever d'une charmante petite dame, je demande, innocemment :
"Et est-ce que vous vous rappelez de mon prénom ?"
"Ah non, c'est vrai ça, comment vous appelez-vous ?"
"Marie"
"Marie ? Ah ben ils se sont pas foulés vos parents !"
J'en ai rigolé toute la journée !






















