21 août 2009
Marchons, marchons !
Je vous propose de nous recueillir aujourd’hui à la mémoire de mon stylo-bille noir, prénommons-le Alfred, mort dignement au combat en D4, premier décimé d’une longue série puisque ses collègues des tranchées font grise mine à leur tour (ha ha).
Ainsi, tout comme le carnet que j’ai dédié à la calcémie corrigée, en espérant qu’elle se souvienne de moi le jour du concours même si moi, je ne me souviens jamais d’elle, mes vaillants soldats défendent bravement, jour après jour les couleurs de ma D4.
La D4, cette année qui m’autorise à devenir une associable notoire, une idiote savante, coupée du monde mais pas des 345 chapitres qui rythment mes après-midi.
Ca y est, je fais enfin partie de ceux que je voyais les années précédentes, forçant le respect avec leur aura : bientôt ils seront médecins ! Leur teint blafard, leurs muscles flasques et le verbe pauvre, tout cela n’y changeait rien : c’était la même admiration dans mes yeux que la jeune lycéenne devant les grands dadais de Terminale. Qu’importe leur acné et leur baggy sous les fesses, ils allaient avoir leur bac : trop–la–classe.
C’est donc à moi de livrer bataille maintenant. En première ligne. Et les assauts des Pas-Mis-Zéro, ces mots-clés pervers qui s’invitent dans le moindre item, les détails des ionogrammes, les subtilités des tracés ECG, les conférences de consensus de la HAS, et tout un tas de classifications imbittables, rien ne résistera à mon armée de stylos, feutres, marqueurs, fiches, feuilles, cahiers, classeurs, livres et cas cliniques !
Les ECN n’ont qu’à bien se tenir.
P.S. J’ai beau avoir une motivation sans bornes, cher
lecteur, tes messages d’encouragement seront les bienvenus, d’autant plus qu’il
n’est pas tout à fait improbable que j’ai au cours de l’année des retours de
bâton, dans le plus pur style « Grande symphonie en déprime
majeure », faite maison.
Si vous m’entendez à cette occasion dire que « je n’y arriveraiiii
jaaaaaamaaaais », vous pouvez me piquer des boules Quies pour attendre que
ça passe, c’est permis.
20 novembre 2008
Médecine G. 2 - le retour du Jeudi...
C’est une période de l’année où me vient une envie étrange : celle de parler de pédagogie. Cette fameuse période où je trépigne sur ma chaise deux interminables jours de suite. Cette époque où je ne hais personne moins que les généralistes enseignants (Après les conseillers du ministère et une ou deux personnes qui l’ont bien cherché, mais ce sont d’autres histoires).
Oui, vous avez deviné, ils ont remis ça : le fameux séminaire de médecine générale.
Ou comment transformer un sujet passionnant en un mot qui vous filera urticaire ET nausées en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, via un réflexe pavlovien subtilement conditionné.
La recette : enfermez des groupes de 30 étudiants autour d’un professeur cushingoïde qui visiblement découvre en même temps que vous le sujet du jour. Et s’appesantit sur chaque détail pour être sûr et certain de n’avoir rien oublié. Pendant quatre looongues heures. Étonnamment, ça se révèle être une expérience pénible.
A contrario, je connais des professeurs au charisme indéniable qui peuvent parler pendant des heures de cours magistraux sans vous faire bailler aux corneilles une seule fois. Mon dernier exemple en date portait sur la rédaction des certificats médicaux. Croyez le ou non, j’en suis ressortie contente, ayant appris un tas de choses, pensant déjà au pense-bête que je devrais me faire pour ma prochaine garde aux urgences.
Les certificats médicaux, pourtant, merde !
L’acte médical le moins intéressant du monde.
La plaie du médecin généraliste.
La surcharge administrative avec un grand C.
Ce jour là, j’ai eu envie d’aller complimenter la prof pour cette prouesse technique. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas été jusqu'au bout… manque de temps, manque d’habitude… Et puis, si jamais je l’avais fait, je me sentirais obligée, pour une certaine équité, de dire à mes généralistes "chiants-seignants" ce que je pense de leur qualité pédagogique.
Et je n’oserai jamais être aussi diplomatiquement incorrecte … mais c’est bien dommage, je suis sûre que ça pourrait être rigolo…
31 octobre 2008
Bis repetita
La préparation de l’internat, c’est un peu comme en première année (la fameuse P1), sauf que c’est sur une, deux, voire trois années de sa vie selon l’importance qu’on y accorde.
Et à la différence près qu’en P1, on est assez jeune et naïf pour se jeter de toutes ses forces dans la bataille en se disant que le 5 juin « ce sera Fini ». Avec tout ce qu’on a de majuscule, comme si la vie même s’arrêtait, et surtout comme si on n’aurait plus jamais, jamais, à travailler comme un arraché.
Ah Ah Ah !
Je rigole.
Les amis, on s’est bien fait eu.
Non seulement la médecine d’après-P1 ne fait que commencer, mais après, qu’on ait été prévenu ou pas, il y a un autre concours à la clé. Tout
aussi abrutissant, tout aussi déterminant, tout aussi ahurissant de bêtise,
bref, tout ce qu’il y a de plus « concours ». Ça n'en porte même plus le nom, c'est sournois cette bestiole, ça se fait appeler "ECN". Mais c'est tout comme.
Et on se
retrouve avec nos 5 années et notre petite expérience à remplir à nouveau les
amphis de la fac quand la nuit est tombée, pour se casser les neurones sur des cas cliniques
formatés, à apprendre comme des demeurés nos « tiroirs » à la con : « Antibiothérapie probabiliste,
bactéricide, par voie intra-veineuse, débutée dès les prélèvements
bactériologiques réalisés et sans en attendre les résultats, secondairement
adaptée au germe et à l’antibiogramme, avec relai per os après 48h
d’apyrexie ».
Ne vous en faites pas si vous ne comprenez pas, c’est le genre de phrase que l’on ingurgite et que l’on recrache sans avoir eu besoin d’en saisir le sens au préalable, en espérant avoir glané ainsi le maximum de « mots-clés ». Ceux qui rapportent des points.
Les patients dans tout ça ? Les vrais, ceux qui sont malades ? Ah ben ça, on verra plus tard, quand je serai interne. Peut-être qu’à ce moment là, si je leur récite ma jolie phrase-clé, ils mourront un peu moins vite, non ?
Toutes les femmes auront un test de grossesse, tous les vieux auront un cancer, tous les patients alités auront une embolie pulmonaire de principe… Ce concours est pavé de généralités qui en deviennent grotesques.
Je suis sûre qu’il a été inventé par des orthopédistes. Vous savez, chaque profession à sa bête noire, chaque village son idiot... Ben voilà, chez nous, c’est les orthos ! Ces chirurgiens qui jouent du clou et du marteau dans des os au bloc opératoire. Et qui donc, d’après la légende, sont bons en maçonnerie et en art plastique, mais ne réfléchissent pas beaucoup.
A ce que j’en lis dans leurs bouquins en tout cas, c’est un petit peu vrai. Apprendre sans comprendre, et distribuer du traitement orthopédique à tout bout de champ, j’ai compris ce qu’il me restait à faire.
Je hais ce concours. J’ai l’esprit de compétition, pourtant, c’est pas ça. J’adore me mesurer aux autres, juste pour le goût du jeu, le challenge qui stimule et donne l'envie de se dépasser encore un peu. Mais là, ce n’est plus un jeu. Ou alors c’est vaguement malsain de mettre sur la roulette russe à la fois nos futurs patients et notre future famille (non parce qu’après 6 ans d’études, on a quand même le droit d’avoir un projet de vie, non ?).
J’imagine la scène : roulement de la bille, roulement de tambour… et tadam : « Médecine du Travail à Limoges », chouette non ? Tu veux retenter ta chance ? Sache que c’est illégal mais tu peux quand même essayer… attention deuxième tentative … roulement de tambour… « Médecine Générale à Poitiers » Ça aurait pu être pire, t’as eu chaud, hein ? Allez, à qui le tour ?
Ben voilà, l’internat, c’est ça, en à peine plus formel. On nous enferme deux jours dans des hangars immenses pour noircir du papier histoire de faire sérieux, et après on enferme nos profs dans des cages à lapins en leur coupant les vivres pour qu’ils corrigent plus vite.
Et le pire, c’est que tout les ans, nos hauts fonctionnaires de l’administration française voudraient changer ce concours. /p>
Et tout ce qu’ils arrivent à nous proposer est tellement pire encore qu’on finit par se battre pour cette ineptie qu’on est à peu près 7000 à détester autant.
Ils sont quand même sacrément forts, ces administratifs, on pourra pas leur enlever ça !
07 octobre 2008
Wonder-externe
J'avais peur, en remettant l'écriture de ce billet à plus tard, que son sujet s'envole vivre sa vie de sujet de blog sans moi, sous d'autres cieux, me laissant toute seule avec une vitrine sur le net désespérément inerte.
Fallait pas que je m'en fasse, le thème d'aujourd'hui c'est ma fatigue, et elle est bien solide, tenace, durable mieux que le développement du même nom, même qu'on pourrait en faire des timbres je suis sûr qu'il y aurait preneur.
Bref, ma rentrée, je ne l'avais pas imaginé comme ça.
C'est drôle des fois, comme on s'invente de jolis scénarios dans sa tête qui
finissent immanquablement par se révéler faux.
Comme cette vielle dame de 76 ans ce matin qui me dit doucement : "Vous
savez, je n'ai jamais été malade, alors je pensais bêtement que ça continuerait
comme ça toujours..."
Et bien mes boucles blondinettes et moi-même, on avait attaqué la rentrée avec une bonne humeur naïve et une énergie à faire pâlir d'envie le plus chevronné des externes. On s'était lancé avec entrain dans la mêlée, enfilant successivement sans sourciller la blouse blanche du matin, le sac-à-dos indémodable d'écolière l'après-midi, celui qui tombe sur les fesses comme quand on avait douze ans et demi et pas envie que les garçons regardent, et les lunettes de la very studieuse candidate à son concours le soir. Vous verriez les lunettes, ça fait même pas studieuse, ça fait pire.
Un jour, deux jours, trois jours... les sacs se font plus lourds
Quatre, cinq, six... et déjà je m'épuise !
Je vais me recycler en écriveuse de comptines, ce sera moins fatiguant.
La journée d'une externe en 5e année avec des bouclettes, elle commence forcément en retard, vu le temps passé devant le miroir embué de la salle de bain à essayer de discipliner ses cheveux. Elle est cruche, ça finit systématiquement sous une pince pour que ça aille pas chatouiller les patients qu'elle va examiner...
Bon, vient ensuite la musique hurlant dans sa voiture, qui fait peur aux tits n'enfants sur le chemin de l'école, mais avant d'être tout à fait réveillée, faudrait pas lui demander d'être sociable non plus.
Et puis le service et SES patients. Les siens à elle qu'elle est trop fière de s'en occuper, de les présenter en bredouillant au chef parce qu'elle sait pas quoi dire en premier. Ni en deuxième ni après, d'ailleurs, tout à l'heure c'était bien clair dans sa tête et sur son papier mais là bizarrement, c'est tout encafouillé, comme dirait l'autre.
Quand elle s'en est finalement sortite, elle se dirige péniblement vers sa voiture direction la cantine.
En effrayant au passage un petit n'enfant ou deux qui retourne à l'école, faudrait pas lui demander d'être aimable quand elle a faim non plus...
Et devant son plateau repas transformé pour l'occasion en 8e merveille du monde, même si l'on frise la catastrophe sanitaire à tout instant, le temps accordé - 10 longues minutes - se mue en une éternité de béatitude...
En retard pour son cours/contrôle continu/enseignement dirigé, rayez la mention inutile je vous prie, elle se brûle avec son café et/ou s'en renverse dessus, au choix selon l'humeur, la lune et le sens du vent.
Si elle a la chance d'aller à la BU, et d'y trouver une place, elle finira par piquer du nez sur ses fiches barbouillées de blanco, j'attends le jour où elle sortira avec le nez peint en blanc, on va bien rigoler...
Viennent enfin les conférences d’internat, chouette soirée que voilà,
quatre heures d’amusement en perspective à mesurer l’ampleur de tout ce que
l’on oublie, parce que les petites cases du cerveau rechignent à s’organiser
dans l’esprit d’un concours bête et méchant. Celui qui nous fait perdre des points si on connait pas la teneur en calcium du petit Yoplait à la fraise (sisisi je vous promets), ou la formule qui permet d'obtenir le taux de mauvais cholestérol dans le sang, alors que tous les labos du monde et même de l'hôpital font le calcul pour le médecin. On n'a jamais vu un docteur dire à son patient "Ah je ne vais pas pouvoir vous soigner correctement monsieur, je ne me rappelle plus de ma formule de Friedewald..."
Et puis y’en a d’autres qui arrivent à travailler, à faire des fiches, à
ingurgiter des noms propres tels Paget-von-Schrotter ou Fiessinger-Leroy-Reiter,
et même à savoir à quoi ça correspond !
Les externes sans bouclettes, ça doit vraiment être des surhommes quand même…
24 septembre 2008
Choix de stage
L’étudiant en médecine est un être à part dans la classification des hominidés.
Oh, je ne dis pas ça en bien, rassurez-vous, c’est seulement que ce spécimen possède des caractéristiques qui me fascinent encore jour après jour.
Déjà, le
fait d’être dans la case « étudiant » pendant 10 années de sa vie n’a
pas aidé cet être singulier à se rapprocher de la norme et de ses congénères.
Alors que ses amis ont un premier boulot, un grand appartement, se marient,
changent de boulot, trouvent une maison avec jardin, que les filles tombent
enceinte, que les gars deviennent papa, changent de voiture, prévoient le
baptême… etc. Pendant ce temps-là, donc, l’étudiant en médecine reste « étudiant ».
J’explique
pour ceux du fond qui ne suivent pas : un étudiant a deux préoccupations
dans la vie : faire la fête et valider ses examens. Le reste est
accessoire, même si le gros bébé estudiantin, au bout de quelques années,
introduit une nouvelle priorité : avoir sa propre machine à laver pour ne
plus devoir choisir entre rentrer chez sa mère le week-end ou dépenser tout son
argent de poche au lavomatic.
Bref, de
soirées autour d’un verre aux journées sur un bouquin, il aurait pu se
contenter de ce train-train si n’était pas arrivé, vers la quatrième année, un
troisième lieu de vie : l’hôpital. C’est rigolo, mais progressivement l’hôpital
va occuper une place de plus en plus importante dans son existence, alors même
que personne (non mais vraiment, personne) ne sait ce qu’il fout là, cet encombreur
de couloir.
Le patient se demande intérieurement pourquoi on lui envoie ce gamin l’examiner maladroitement alors qu’on l’a déjà harcelé de questions à son entrée, ou bien il cherche à voir le vrai docteur quand l’interne pointe le bout de son nez dans le box des urgences. L’interne, d’ailleurs, qui au fil des années a creusé sa place dans les services (in)hospitaliers, peut parfois avoir la chance que le chef se rappelle de son prénom : "Eh, Michel, t'as oublié que t'as 27 entrées ce matin ?"
L’externe,
lui, petit pion perdu au bas de la hiérarchie médicale est interchangeable,
peut même se convertir en « faiseur d’ECG » ou « transporteur de
bilan biologiques jusqu’au labo », quand il n’est pas la cible des
attaques du grand chef en mal de supériorité.
Mais le tableau n’est pas si noir, puisque quand il sort de l’hôpital, l’externe est sensé avoir acquis une super formation pratique, qui va l’aider à retenir vachement bien tout le chinois que contient ses gros bouquins.
Mouais… au
final, l’externe est surtout soit hypochondriaque à force de voir des maladies
en tout genre, soit vraiment malade à force d’examiner des patients de trop
près. D’ailleurs, j’appréhende mon stage de pédiatrie, moment idéal pour
acquérir une solide immunité contre les gastro-entérites, les rhino-pharyngites
de tous poils et autres viroses sympathiques.
Enfin, d’ici là, j’ai de quoi m’occuper : je suis la pire des hypo-con-driaques. Demandez-moi comment je vais, et vous saurez quel chapitre je bosse ! Au début de l’été, j’étais persuadée d’être enceinte (1e semaine de gynécologie), puis d’avoir un cancer du col de l’utérus (2e semaine). Après ce fut le tour de l’hypothyroïdie (j’me sens paaaas bieeeen, j’suis faaatiguée : endocrinologie) du lupus érythémateux (j’ai mal aux articulations, puis j’suis anémié c’est sûûûûûr : 1e approche de la rhumatologie), et je me demande ce qui m’attend à présent !
Et puis pour tout le monde, l’étudiant en médecine, cet être étrange au rôle bien flou dans l’imaginaire populaire, est avant tout « en médecine », ce qui lui vaut tous les « tiens, j’ai un truc bizarre, là, qu’est-ce que tu en penses ? » ou « moi j’aime pas trop les médecins, mais toi tu pourrais me dire ? »
Du coup, même si l’étudiant en médecine ne sait encore rien ou très peu, même si les gens ne savent pas si vous allez être généraliste, spécialiste (pas plus que vous en fait), et n’ont aucune idée de comment ça se passe, la simple valeur accordée à ce statut presque magique de « futur médecin » vous vaut toutes les considérations (t’inquiète pas mamie, il peut rien t’arriver, on a un docteur avec nous, hein ? Suivi d’un clin d’œil complice…) et tous les jugements moraux (QUOI , tu fuuuuumes ? mais tu sais que ça fait le cancer ? et puis tu bois aussi ? mais … L’interrogation reste en suspend, tant le tableau dérange).
Alors, fier de cette reconnaissance par la société tellement plus palpable que celle de l’hôpital, l’étudiant en médecine se pointe à son choix de stage, aussi stressé qu’une gamine de 8 ans pour sa première compétition de gym, en espérant que le hasard et la chance se donnent le mot pour qu’il ait le stage le plus formateur, le plus agréable, les meilleurs horaires, le plus près de chez lui… Bref, le stage idéal qui n’existe que dans ses rêves.
Il ne l’aura jamais, bien sûr, et tant mieux pour vous, ça lui donnera de quoi râler un peu et vous le raconter ici, bande de veinards !
17 juin 2008
Péhun
La première année, P1 de son petit nom, Jaddo le décrit
merveilleusement bien, c’est un monde à part. Une bulle étrange, que l’on partage plus ou moins avec 700
collègues ou plus, mais qui nous isole du reste du monde comme jamais. Une
folie pure.
Mais ça tombait bien, du haut de mes seize ans et des
brouettes, j’étais déjà un peu folle.
Une fois rentrée j’écoute mon dictaphone pour retranscrire tous les
cours sur mon ordinateur.
Le même fidèle compagnon qui me permet de vous écrire
aujourd’hui, d’ailleurs.
Le dictaphone, lui, est enfermé précieusement dans une boite métallique, reposant au côté de ses petites cassettes soigneusement étiquetées, après tous les fiers services qu'il m'a rendu.
Un jour, son prédécesseur a eu la bonne idée de tomber en panne. J'ai marché, hébétée, comme perdue, au milieu de la route, manquant de me faire écraser dix fois jusqu'au magasin le plus proche. J'ai dépensé une fortune pour le remplacer, plus que de quoi me nourrir pendant deux semaines, et pleuré de joie au retour, toujours hagarde, et tant pis pour les automobilistes qui m'engueulaient vertement.
Les filles de mon groupe d’ED disent que je suis cinglée,
que ça prend trop de temps de tout reprendre au "dicta", et que ça sert à rien, que la biologie cellulaire ce sera en Juin.
Et elles parlent d’Anatomie.
Ma bête noire. Du chinois. Je n’ai jamais su apprendre par
cœur, et s’il y a une matière où on me demande d’être bête et méchante, c’est
bien celle-là. Des os, des muscles, des vaisseaux, des "anastomoses ", des "rapports"...
Le genre de discussion que vous entendez d’une oreille avec
l’impression que le sol va s’ouvrir sous vos pieds. Ah non, mince… ça aurait
été presque mieux.
Alors j’écris, je dessine, je surligne. Je consomme du fluo
et je déforeste tout un pan de l’Amazonie. Chez moi, entre deux cours, dans le
bus, dans le train qui me ramène chez mes parents de temps en temps. 6h de
rails et de vrombissements dans les wagons, j’ai le temps.
Au premier concours blanc du tutorat, j’ai un 3. Un trois. Comme dans « Dites trente-trois ». Sur vingt.
J’ai passé les fêtes de noël enterrée sous une pile de
livres et de papier.
Résultat des courses, au premier semestre, j'ai perdu huit
kilos et fini 15e. Ce qui décuple la pression et me pousse à
bosser dorénavant 10 heures par jour. Pas du tout obsédée par les chiffres, à cette époque.
D’ailleurs, aujourd’hui encore, parmi le vaste registre des
choses complètement inutiles dont je suis capable, je retiens … les numéros des
items ! Je sais donc que la tuberculose, c’est le numéro 106, que les
migraines sont au 262, que les ulcérations des muqueuses génitales sont
traitées au numéro 343. Il y en a 345, j’ai de quoi m’amuser un moment. On ne
sort pas de
Je chronomètre donc mes heures de cours, je placarde mes molécules de chimie et mes acides aminés sur la porte des toilettes, je fais des QCM dans le bus, je me nourris de chocolatines et je reprends 10 kilos.
Et en Juin, je ne fais pas la fête après les examens, je
m’effondre de fatigue et je rentre chez mes parents. Et là, quand j’ai appris
mes notes, il faut que je vous avoue...
Parce qu’une poussière avait empêchée une amie de voir si
j’étais 30e ou 3e, j’ai demandé à mes parents de
m’emmener devant le tableau des résultats. Si je vous montre une carte de
France, vous comprendrez mieux comme c’est incongru : il y a mes parents
d’un coté, ma fac de l’autre, et le massif central entre les deux - entre
autres.
Et nous avons fait nos sept heures de route dans la foulée,
sur un coup de tête.
Quand je vous disais, de la folie pure…
26 mai 2008
La dure réalité des choses
Y'a des matins comme ça, où l'on rentre de stage le sourire aux lèvres, les yeux plein de ces regards de petits patients de 8 ans qui ont eu la bonne idée d'être sage aujourd'hui, de faire des progrès, de vous regarder dans les yeux et même de ne pas vous frapper. Des jours où l'on se dit que la pédopsy c'est chouette, que d'être étudiante en médecine c'est chouette, et que l'on a beaucoup de chance de pouvoir faire un stage hors des murs de la fac et de l'hôpital.
Et puis, arrivé chez soi, on tombe nez à nez avec un courrier de l'hôpital. Déclaration fiscale pour l'exercice 2007.... Ah ? Bizarre, j'en avais déjà eu une, qui me demandait de déclarer 1465 euros pour 1666 heures de travail !
Eh bien c'est l'autre hôpital dans lequel j'ai bossé, me rappelant mes 21 euros à déclarer en plus - avantages en nature compris - pour 152 heures.
Et y'a des matins comme ça, où l'on oublie de s'offusquer, et où on en rigole.
11 avril 2008
La guerre à la BU !
La Bibliothèque Universitaire, aussi nommée BU. Pour un étudiant en médecine normalement constitué, je crois que ça deviendra bientôt une nouvelle expérience scientifique ou mystique. Dangereuse et irréelle.
Hier, j'ai eu le malheur d'y arriver à 13h01. Ou 12h58, heure locale (la BU est un microcosme particulier).
A l'heure où l'externe moyen sort de l'hôpital et se met en quête de nourriture
pour son cerveau affamé, avant de se plonger dans ses bouquins pour
l'après-midi.
[NDLR : Externe : Etudiant salarié de l’hôpital à
moins d’un euro de l’heure, il suit une formation médicale de pointe (ranger
les examens complémentaires, recopier les bilans biologiques depuis l’ordinateur
sur les feuilles du dossier du patient, appel au médecin généraliste qui a
encore oublié des détails dans son courrier…), et réalise des gestes techniques
poussés (des Electro-Cardio-Grammes). C’est presque tout. Sauf si on a un chef
sympa, mais c’est une denrée rare.]
Bref, à cette heure-ci, celui qui n'a pas réservé sa place à la BU, il est foutu. Il peut rentrer chez lui, c'est trop tard, fini. A moins d'avoir été à Lourdes ou prié longuement la Vierge Marie, je ne vois pas.
On le sent dès l'arrivée là haut : au 5e étage (notre BU n'a que 3 niveaux : le
rez-de-chaussée, le 3e, et le 5e... encore un coup d'un savant fou !), l'odeur
est celle de la transpiration de neurones. Et des « P1 », qui n'ont
même pas honte de venir piquer des places à cet étage réservé aux années
supérieures.
Un silence approximatif y règne, entrecoupé par des vrombis de portable, la
porte des toilettes qui grince, et le bruit de ceux qui se lèvent petit à petit
pour aller manger. En prenant évidemment soin de laisser leurs livres bien en
évidence sur la table.
Bien sûr, il FAUT que la dermato prenne l'air, elle sera
certainement plus digeste après.
Vous l'aurez compris : Toutes les places qui paraissent "libres" sont
en fait réservées. Un sac sur la chaise, des livres et des stylos. Partout. A
chaque chaise de chaque coin de table. De quoi désespérer le plus motivé des
futurs médecins.
D’habitude, je fais partie de ces têtes à claques qui s’étalent sur les tables universitaires. Je suis « privée de stage », donc je m’offre le luxe d’un travail dans de bonnes conditions. Bon, ça me coûte plus cher en café, mais la qualité de concentration n’a rien à voir avec celle de mon bureau, juste à gauche de mon ordinateur, dans mon 19 m² du CROUS. J’avoue.
Mais je suis rusée, et hier, j’ai repéré LA place. Celle du gars qui avait prévenu son pote qu’il ne reviendrait qu’à 16h. Pfff, tout le monde SAIT qu’à 16h, le rush sera passé, et il y aura à nouveau quelques espaces vitaux à s’approprier.
Alors j’ai posé mon gros sac à dos, mes fiches, mes stabilos, ma bouteille d’eau, et mon parapluie dans les centimètres carrés auxquels je pouvais prétendre. J'ai marqué mon territoire mieux qu'un matou en rut (rût ? zut...), et je suis allée au RU.
Le Restaurant Universitaire, tout une histoire là aussi.
Mais ce n’est rien comparé au parking.
Le parking… un désastre de gaspillage massif de pétrole à force de va-et-vient entre des allées désespérément pleines. Les trottoirs, les places handicapées, les places qui-n’en-sont-pas et même jusque dans l’herbe par endroits. Les citadines tout-terrain des étudiants, je suis sûre qu’on pourrait faire une thèse là-dessus…
J’ai donc fini par me garer hors de la fac, à 10 minutes (à pied) de chez moi, et 15 de la BU.
Un carnage, je vous dis.
Il paraîtrait que certains étudiants trouvent que l’augmentation du nombre d’étudiants en médecine s’est faite trop rapidement. Ceux qui se plaignent de la sorte disent que les facultés n’ont pas pu adapter leur infrastructure. Ils vont jusqu'à avancer qu'il en serait de même dans les stages hospitaliers, où ils se retrouveraient à 27 pour un stage où ils étaient 9 il y a tout juste 6 ans.
Moi je dis : s’ils étaient vraiment si nombreux, ils finiraient plus vite leur travail et ils arriveraient à l’heure à la BU, non ?
Quels réactionnaires, ces étudiants….
03 avril 2008
Médecine G...
G comme Géniale, ou G comme Grotesque, au choix.
Il y a de ces après-midi, dans la vie d'un étudiant en médecine, qui se doivent d'être racontées, ne serait-ce que pour le devoir de mémoire. Si si, une obligation de transmission de ces longs moments de solitude. J'ai nommé, le "Séminaire de Médecine Générale". Séminaire... ils n'ont pas trouvé plus pompeux au ministère.
Votre mission si vous l'acceptez (et si vous êtes généraliste enseignant un tantinet kamikaze) : faire comprendre à des étudiants les joies de votre métier, sa richesse, sa complexité, les tenants, aboutissant, et cætera. Étudiants qui n'en ont strictement rien à faire, c'est qu'il fait beau dehors, et puis on est en retard sur nos cours, et puis les exams sont dans moins de deux mois, et la MG, de toute façon, on aura bien le temps, de savoir à quoi ça ressemble, on choisi dans trois ans. Presque.
Vous avez deux demi-journées. Pas plus.
Autant vous dire qu'il faut être sacrément costaud.
Notre part du travail : supporter pendant quatre heures sans interruption de longs discours théoriques entrecoupés de séances vaguement interactives. Ca parait rien, comme ça.
Mais forcément, j'ai le chic pour tomber sur LE groupe pour qui tout prend une heure de plus que les autres.
Sur LE médecin anti-charismatique au possible : vous savez, celui qui LIT sa diapositive d'une voix monocorde. Et qui s'arrête sur le notions importantes pour en faire de jolies paraphrases.
Quelle conscience professionnelle.
Bon, c'est pas grave. J'ai de la patience à revendre.
Le pire était à venir. Un film. D'horreur.
Visualisez la médecine générale des années 60.
Vous imaginez, la chemise du médecin et sa valisette, sa femme qui prend ses rendez-vous sur la toile cirée de la cuisine, à deux portes du cabinet ? Où il exerce seul, bien évidemment, et sans autre matériel que son stéthoscope et son gros Vidal ?
Vous voyez, la couleur terne de la pellicule usée par des générations de visionnage ?
Vous pouvez ajouter de mauvais acteurs, des situations cliniques que l'on ne rencontre plus aujourd'hui, et un bruitage digne des péplums de la grande époque, et voilà.
Voilà les 23 minutes qui font toute notre image de la médecine générale.
Ce qu'on montre à des étudiants en 4e année dont la moitié sera généraliste plus tard.
Un épisode de Derrick enregistré sur France 3, ou pas loin.
J'ai eu une vague envie de pleurer, et un fou rire irrépressible. J'ai du mal à concevoir que ces gens-là (ils avaient l'air bien pourtant !) n'aient aucune honte devant cette exposition. Face à cette catastrophe visuelle qui ferait fuir le plus motivé des étudiants.
Alors forcément, ayant eu la chance de voir qu'il EXISTE des films plus didactiques, plus proches de la réalité, plus motivants, plus intéressants... je suis allée naïvement poser la question.
- Mais pourquoi ?... Pourquoi ??
- Il faut replacer ce film dans son contexte, blablabla, variété des motifs de consultation, blablabla, une autre époque, blablabla...
- Mais vraiment, c'est indispensable, un film comme ça, là ?
- Ah de toute façon, c'est pas moi qui décide.
C'est jamais eux qui décident.
On nous servira encore cette sauce pendant des années et des années.
Enfin, on a l'habitude, si les généralistes étaient les seuls enseignants à ne jamais - oh grand jamais - se remettre en question, ça se saurait.
Les joies de la faculté !
... Et ça recommence demain...



