14 septembre 2009
Les joies de la chirurgie
Dans mon service de gynéco, nous avons l’inestimable chance
de passer deux semaines au bloc opératoire. Deux très longues semaines à tenir
les murs et admirer les lieux. Et les gens.
Le personnage principal de l’histoire est donc un schtroumpf
en bonnet bleu avec de gros sabots de bloc. C’est un chirurgien. Prononcez
« Chiiiiirruuuurgien », avec la majuscule. Un être pas si différent
de nous autres, pauvres terriens, quand il se ballade dans son service ou
ailleurs. Il peut même être une femme, et même avoir des enfants… mais bon,
dans ce cas, de leur propre aveu, c’est la nounou qui les élève. Triste Schtroumpf.
Bref, ce
schtroumpf se transforme en une bête étrange dès qu’il franchit la porte du
bloc opératoire. Un peu comme le conducteur devient ordurier dès qu’il prend le
volant et se croit tout permis, le chirurgien devient sans s'en apercevoir, à de rares exceptions
près, un horrible connard.
Peut-être est-ce moi qui connais mal le protocole de
politesse du bloc opératoire, le code de conduite inhérent à ce huis clos… mais
pour avoir entendu des personnes dire « merci » et « s’il vous
plait », j’en ai déduit que gueuler sur les gens qui ne lisent pas dans
les pensées de l’opérateur était une habitude bien ancrée mais non
indispensable à la réussite de l’intervention. Il en résulte une cascade de réactions,
toujours les mêmes : le grand Chef crie sur l’infirmière instrumentiste,
qui elle-même rend la politesse aux chefs de cliniques, qui à leur tour
gueulent sur les internes. Qui se taisent. Je ne voudrai pour rien au monde
être à leur place. Leur seul enseignement pratique, il se fait sous les ordres,
les cris, ou les soupirs exaspérés de leurs aînés.
Durant deux semaines, j'ai été invisible ou presque. Lorsque même les internes ne sont qu'observateurs de l'opération qui se déroule à portée de leur main, l'externe ne peut que régler les scialytiques et espérer qu'on se rappelle de sa présence au moment de faire les points de fermeture. Ça n'est jamais arrivé.
Par contre, à la fin d'une matinée, tout au bout d'une longue semaine d'invisibilité, j'ai eu droit à une question. Une chir un peu moins mal lunée que ses confrères qui me demande "et ce ligament, là, c'est quoi ?". Prise au dépourvu je bafouille, je ne me rappelle plus, je cherche, j'hésite, j'avoue : je ne sais pas. S'en est suivi un long laïus exaspéré sur la nullité de tous les externes de toutes ces promotions de petits jeunes qui ne connaissent même plus la plus basique des anatomies : le ligament lombo-ovarien (bon sang mais c'est bien sûr !). Je ne l'oublierai plus. Les chirurgiens sont les
rois de la pédagogie.
Et puis cette habitude de tout commencer aux aurores ! Huit heures du matin, ils sont déjà le bistouri en main, ou le dossier de staff étalé sur la table, pas de temps à perdre ! Je leur préfère de loin leurs confrères anesthésistes, avec leur flegme et leur demi-douzaine de café à l’heure en toutes circonstances.
Et une
fois ressorti du bloc, la transformation s’effectue en sens inverse, l’odieux
personnage se mue en quelqu’un de tout à fait convenable. Enfin, parfois. Si on
a de la chance, quoi…
P.S. En relisant ce billet, je me suis aperçue que je fais exactement comme ceux que je critique : je pars d'un comportement pour généraliser à tous les chirurgiens de la France entière. J'ai donc modifié un peu et j'espère que vous m'excuserez.
05 juillet 2009
C'est l'été ... et (presque) les vacances !
Ce fut long mais nous en sommes arrivés à bout : après un mois et demi d'épreuves, le cru 2009 des examens s'est enfin achevé jeudi dernier par la meilleure matière : la pédiatrie ! Heureusement, parce qu'il en fallait du courage pour bosser encore au début du mois de juillet, alors que tout le monde se faisait déjà dorer la couenne sur la plage !
Vous comprendrez donc à la fois mon enthousiasme actuel et mon manque cruel d'inspiration pour ce billet, et je pensais ainsi vous décrire mon nouveau stage - tout ce qu'il y a de plus banal en réalité, mais quand on sort d'un service aussi fantastique que celui que je viens de quitter, on ne peut qu'être choqué !
Neuf heures, Madame la pH nous offre une visite touristique des locaux pittoresques de ce vieil hôpital : le secrétariat au 3e étage, puis une dizaine de marche, on traverse en troupeau désordonné le service d'hospitalisation avant de rentrer là où il y a marqué "bloc opératoire", monter encore un niveau, pour arriver en salle de staff. Qui fait vestiaire aussi, pour les externes et les internes.
Une fois assise, Madame la pH commence à insulter nos prédécesseurs, puis à insulter les auteurs des copies qu'elle venait de corriger, parce que "c'est pas étonnant, avec les bêtises qu'on lit, que vous soyez la lanterne rouge de l'internat !".
Le ton est donné. Vient ensuite le traditionnel descriptif de l'équipe : "Madame machin qui fait les consultations du lundi après-midi et du jeudi matin, Monsieur Bidule qui vous fera la visite du mercredi une semaine sur deux, Madame Unetelle..." Autant de noms qu'on note sagement dans son carnet à spirale, avec une orthographe toute approximative et aucune idée des personnes qui sont derrière.
Et en conclusion concernant l'organisation du stage, notre utilité n'a pas été dissimulée trop longtemps, Madame la pH nous a tristement ramenés à la réalité de notre condition d'externe : "Bon, vous vous arrangez comme vous voulez, vos collègues avaient l'habitude de partir très tôt, mais je veux qu'il y ait au moins un externe de 8h à midi et demi au cas où j'ai besoin qu'on m'apporte un dossier ! Ah, et pour les ECG, aussi... "
Ah, et on sert à rien, à part ça ?
"Les patientes arrivent le soir, se font opérer le lendemain, alors vous faites une observation courte, mais bon, vous ne les examinez pas trop hein.."
Bien, bien...
Lendemain, arrivée 8h pour le staff de chiiiruuurgiiie où l'on regarde les imageries (Oh le beau fibrôôôme, oh la jolie tumeuuuur !), fin à 8h42. Pause café jusqu'à 9h15. Bonjour à mes patientes (dont une en plein pansement, une autre à la toilette, une troisième au bloc...). Rangement des examens complémentaires. 9h30, Fini. Tristement fini, genre désœuvrée, genre petite chose inutile qui, si elle a des observations à rédiger un jour, sera bien gentille d'aller les faire ailleurs que dans le service, parce que ça dérange, ça prend de la place.
Deux solutions s'offrent donc à moi : soit je deviens aigrie comme mes prédécesseurs, et personne ne m'adressant la parole, je n'adresse la parole à personne non plus, je m'en vais à neuf heure dix en m'assurant que quelqu'un reste pour l'astreinte ECG et le boulot de coursier.... Soit j'essaye de dire bonjour aux infirmières avec le sourire, de leur poser des questions juste pour qu'elles s'aperçoivent de mon existence, de discuter avec mes patientes de leur moral en berne, de suivre les internes même si je les encombre dans leur visite...
Je sens que ça va être long, ce stage...



