01 avril 2009
Poisson d'avril !
Je triche, je triche, j'antidate (bouh, pas bien!) ce billet, et en plus je cède à la facilité (quel culot!), mais je voulais absolument partager avec vous ce véritable bijou : "(Petit) Traité de Clinique et de Thérapeutique Psychiatrique". Il tient en une page, et je vous promets, il vaut le détour ! Accès direct : ici.
Enjoy !
21 mai 2008
Palpation Artistique
C’est peut-être de ma faute, mais je n’ai jamais vraiment appris.
J’ai vu beaucoup de choses, des tas de plaies de toutes les
tailles et de toutes les couleurs, des tas de blocs opératoires différents, de
jolis ECG et de jolies radios. J’ai consolé des patients avec des stomies, pris
la main d’un sclérodermique, parlé avec un Klinefelter, soutenu un monsieur
atteint d’une granulomatose de Wegener. J’ai fait des gaz du sang, une ponction
d’ascite, aidé pour une ponction sternale et branché des dizaines de machines
d’hémodialyse.
Surtout, surtout, j’ai assisté à d’interminables staffs, et
j’ai lu des tas de dossiers.
Tellement bien que j’ai fini par préférer
ça : regarder dans les dossiers.
C’est pas du jeu, mais c’est plus facile,
de savoir quelle maladie sera désignée par un « j’ai le cœur fragile vous
savez ».
Une patiente me disait un
jour « Comme opération ? Ben on m’a fait la totale ! » Heu…
je dois savoir instinctivement, infusément même, qu’il s’agit d’une
hystérectomie élargie, moi ?
J’ai bien essayé pourtant ! J’ai tenté ma chance, l’air
assuré sous ma blouse, « Bonjour monsieur comment
allez-vous ? Qu’est-ce qui vous amène ? » Et vas-y que je
t’interroge… et que je m’embrouille dans les questions, et dans les réponses,
et à quelle date vous m’avez dit déjà ? Et quel traitement au
fait ?
Et puis je me lance : les oreilles bien
arrimées au stétho. Une main pour retenir les branches qui vrillent tout le
temps, les saletés. L’autre main pour tenir mes lunettes et la troisième
pour déplacer la membrane sur les poumons ou sur le cœur et me rendre compte
que zut, c’était mal tourné, en position « vaisseaux », exprès pour
m’embêter, je suis sûre.
Et la palpation, alors ? Déjà, j’ai les mains froides. Tout
le temps. J’ai eu beau étudier la physiopathologie du syndrome de Raynaud, ça
n’a jamais fait revenir le sang dans mes extrémités. Donc je préviens, mais ça
ne suffit jamais. Après, forcément, ils sont toujours contractés. Ou alors
c’est des chochottes qui se raidissent quand j’appuie, je sais pas.
Toujours est-il que j’ai marqué une fois, sur mon
observation : « Défense au flanc droit », un jour où j’étais à
peu près sûr de mon coup… et le chef de clinique, derrière, repasse et me jette
un « Mais où t’as vu une défense toi ? Pffff… » qui a eu le
don de pulvériser en moins de deux mes quelques grammes de confiance en moi.
Alors les adénopathies, ou les pouls distaux, hein, n’en
parlons pas. Soit je ne sais pas les trouver, soit les cœurs de tous mes patients
se sont systématiquement arrêtés de battre quand je les cherchais. Ca doit être
l’intensité de mon charme qui les sidère, autrement je vois pas.
Bon, à ce stade, vous aurez compris que la percussion (toc
toc, tac tac), même sur une vessie énorme et toute dilatée, ça reste encore
obscur et hors de portée. Le globe vésical, connais pas. Voilà.
J’en vois déjà qui pâlissent dans l’assistance « Mon
Dieu je veux pas avoir à faire à elle un jour ! ». J’ai encore le temps
d’apprendre, rassurez-vous. Mais j’ai un peu peur. Parce que si je n’ai pas
appris jusque là, c’est peut-être qu’on était très nombreux, en stage, et que
j’ai jamais su réclamer avec assez d’insistance l’attention d’un interne ou
d’un chef sur mon examen approximatif.
Dans d’autres services, c’est plus simple encore : les
internes font les observations eux-mêmes. L’après-midi, quand le patient arrive
mais qu’on est pas là. Comme ça, le lendemain matin, l’externe n’a plus qu’à
ranger la paperasse et à trier le dossier, ça va plus vite. L’externe est ravi…
Alors, approximation pour approximation, j’irai entraîner mes petits doigts quand je serai en stage aux urgence et que là, effectivement, on fait confiance à l’externe pour gérer ses patients. De toute façon, j’veux pas dire, mais s’ils sont aux urgences d’un CHU, les gens, c’est qu’ils aiment prendre des risques. Déjà, le campement de gitans sur le parking aurait du les effrayer, mais non, ils sont entrés quand même, pour confier leur petit doigt ou leur grosse intoxication à l’externe malhabile.



