20 novembre 2008
Médecine G. 2 - le retour du Jeudi...
C’est une période de l’année où me vient une envie étrange : celle de parler de pédagogie. Cette fameuse période où je trépigne sur ma chaise deux interminables jours de suite. Cette époque où je ne hais personne moins que les généralistes enseignants (Après les conseillers du ministère et une ou deux personnes qui l’ont bien cherché, mais ce sont d’autres histoires).
Oui, vous avez deviné, ils ont remis ça : le fameux séminaire de médecine générale.
Ou comment transformer un sujet passionnant en un mot qui vous filera urticaire ET nausées en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, via un réflexe pavlovien subtilement conditionné.
La recette : enfermez des groupes de 30 étudiants autour d’un professeur cushingoïde qui visiblement découvre en même temps que vous le sujet du jour. Et s’appesantit sur chaque détail pour être sûr et certain de n’avoir rien oublié. Pendant quatre looongues heures. Étonnamment, ça se révèle être une expérience pénible.
A contrario, je connais des professeurs au charisme indéniable qui peuvent parler pendant des heures de cours magistraux sans vous faire bailler aux corneilles une seule fois. Mon dernier exemple en date portait sur la rédaction des certificats médicaux. Croyez le ou non, j’en suis ressortie contente, ayant appris un tas de choses, pensant déjà au pense-bête que je devrais me faire pour ma prochaine garde aux urgences.
Les certificats médicaux, pourtant, merde !
L’acte médical le moins intéressant du monde.
La plaie du médecin généraliste.
La surcharge administrative avec un grand C.
Ce jour là, j’ai eu envie d’aller complimenter la prof pour cette prouesse technique. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas été jusqu'au bout… manque de temps, manque d’habitude… Et puis, si jamais je l’avais fait, je me sentirais obligée, pour une certaine équité, de dire à mes généralistes "chiants-seignants" ce que je pense de leur qualité pédagogique.
Et je n’oserai jamais être aussi diplomatiquement incorrecte … mais c’est bien dommage, je suis sûre que ça pourrait être rigolo…
07 octobre 2008
Wonder-externe
J'avais peur, en remettant l'écriture de ce billet à plus tard, que son sujet s'envole vivre sa vie de sujet de blog sans moi, sous d'autres cieux, me laissant toute seule avec une vitrine sur le net désespérément inerte.
Fallait pas que je m'en fasse, le thème d'aujourd'hui c'est ma fatigue, et elle est bien solide, tenace, durable mieux que le développement du même nom, même qu'on pourrait en faire des timbres je suis sûr qu'il y aurait preneur.
Bref, ma rentrée, je ne l'avais pas imaginé comme ça.
C'est drôle des fois, comme on s'invente de jolis scénarios dans sa tête qui
finissent immanquablement par se révéler faux.
Comme cette vielle dame de 76 ans ce matin qui me dit doucement : "Vous
savez, je n'ai jamais été malade, alors je pensais bêtement que ça continuerait
comme ça toujours..."
Et bien mes boucles blondinettes et moi-même, on avait attaqué la rentrée avec une bonne humeur naïve et une énergie à faire pâlir d'envie le plus chevronné des externes. On s'était lancé avec entrain dans la mêlée, enfilant successivement sans sourciller la blouse blanche du matin, le sac-à-dos indémodable d'écolière l'après-midi, celui qui tombe sur les fesses comme quand on avait douze ans et demi et pas envie que les garçons regardent, et les lunettes de la very studieuse candidate à son concours le soir. Vous verriez les lunettes, ça fait même pas studieuse, ça fait pire.
Un jour, deux jours, trois jours... les sacs se font plus lourds
Quatre, cinq, six... et déjà je m'épuise !
Je vais me recycler en écriveuse de comptines, ce sera moins fatiguant.
La journée d'une externe en 5e année avec des bouclettes, elle commence forcément en retard, vu le temps passé devant le miroir embué de la salle de bain à essayer de discipliner ses cheveux. Elle est cruche, ça finit systématiquement sous une pince pour que ça aille pas chatouiller les patients qu'elle va examiner...
Bon, vient ensuite la musique hurlant dans sa voiture, qui fait peur aux tits n'enfants sur le chemin de l'école, mais avant d'être tout à fait réveillée, faudrait pas lui demander d'être sociable non plus.
Et puis le service et SES patients. Les siens à elle qu'elle est trop fière de s'en occuper, de les présenter en bredouillant au chef parce qu'elle sait pas quoi dire en premier. Ni en deuxième ni après, d'ailleurs, tout à l'heure c'était bien clair dans sa tête et sur son papier mais là bizarrement, c'est tout encafouillé, comme dirait l'autre.
Quand elle s'en est finalement sortite, elle se dirige péniblement vers sa voiture direction la cantine.
En effrayant au passage un petit n'enfant ou deux qui retourne à l'école, faudrait pas lui demander d'être aimable quand elle a faim non plus...
Et devant son plateau repas transformé pour l'occasion en 8e merveille du monde, même si l'on frise la catastrophe sanitaire à tout instant, le temps accordé - 10 longues minutes - se mue en une éternité de béatitude...
En retard pour son cours/contrôle continu/enseignement dirigé, rayez la mention inutile je vous prie, elle se brûle avec son café et/ou s'en renverse dessus, au choix selon l'humeur, la lune et le sens du vent.
Si elle a la chance d'aller à la BU, et d'y trouver une place, elle finira par piquer du nez sur ses fiches barbouillées de blanco, j'attends le jour où elle sortira avec le nez peint en blanc, on va bien rigoler...
Viennent enfin les conférences d’internat, chouette soirée que voilà,
quatre heures d’amusement en perspective à mesurer l’ampleur de tout ce que
l’on oublie, parce que les petites cases du cerveau rechignent à s’organiser
dans l’esprit d’un concours bête et méchant. Celui qui nous fait perdre des points si on connait pas la teneur en calcium du petit Yoplait à la fraise (sisisi je vous promets), ou la formule qui permet d'obtenir le taux de mauvais cholestérol dans le sang, alors que tous les labos du monde et même de l'hôpital font le calcul pour le médecin. On n'a jamais vu un docteur dire à son patient "Ah je ne vais pas pouvoir vous soigner correctement monsieur, je ne me rappelle plus de ma formule de Friedewald..."
Et puis y’en a d’autres qui arrivent à travailler, à faire des fiches, à
ingurgiter des noms propres tels Paget-von-Schrotter ou Fiessinger-Leroy-Reiter,
et même à savoir à quoi ça correspond !
Les externes sans bouclettes, ça doit vraiment être des surhommes quand même…



