Open Blue Eyes

Au jour le jour, des études de médecine à la photographie, un regard sur le monde et autres petits riens sur lesquels vous raconter mes histoires.

03 octobre 2009

L’obstétrique, c’est fantastique.

Vous allez trouver que je radote ou que j’exagère, mais pas du tout.
J’ai raté une vocation de sage-femme à n’en pas douter.
J’aime les salles d’accouchement. Et non, je ne suis pas folle. Il y a un condensé d’attente et d’espoir, de peur et de doute dans une même unité de lieu et de temps, rythmés par les battements du monitoring, qui ne peut laisser personne indifférent.
Les sabots de blocs claquent leur pas décidé entre les chambres et on se demande toujours si c’est pour bientôt. Les heures s’égrènent, les primipares trouvent le temps long, c'est tellement lent un accouchement ! Ca fait deux jours qu'elles contractent et qu'elle ne dorment plus, excitées et anxieuses, et il faut encore attendre... Les anesthésistes posent tranquillement leurs péridurales, les sages-femmes TVètent sans compter, les élèves remplissent leurs jolis partogrammes en 4 couleurs (des dessins qui racontent l'évolution du travail et l'engagement du bébé), les médecins vadrouillent d’échographies en blocs programmés et tout ce petit monde ronronne, à peine interrompus par les cris d’un bébé qui respire pour la première fois.

Et d’un seul coup tout bascule. Un cœur qui fait pftou… pftou…   pftou… bien trop lentement depuis de longues minutes et du sang, rien que du sang dans le liquide amniotique. La sage-femme affolée, un pH à 7,08. C’est bas, très très bas, genre le bébé souffre mais en plus il n’a aucune chance de récupérer tout seul. Branle-bas de combat, tout le monde au bloc opératoire, on pousse la patiente sur son brancard, on pousse un anesthésique, on incise, on sort le bébé. 6 minutes entre le chiffre du pH et la naissance. 6 petites minutes à courir, tirer, pousser. Pour un bébé vivant. Et, à priori, en bonne santé.  

Et comme les urgences n’arrivent jamais seules dans ces cas-là, on nous amène dans la foulée une dame à 33 semaines d’aménorrhée qui contracte tout ce qu'elle peut. Tant et si bien que les tentatives de retarder l'accouchement ont toutes  échouées. Pour vous faire une idée, il manque deux mois de grossesse à ses bébés pour être présentables. Oui, ses, parce qu’en plus d’être pressés ils sont deux !

Une fois au bloc, l’obstétricien, rassuré, propose que l’on mette la péridurale avant l’accouchement. Bonne idée, la patiente est ravie, mais elle ne savait pas : pendant que l’anesthésiste fait son boulot, il ne faut pas bouger. Et je n’ai jamais essayé, mais ne pas bouger du tout pendant une contraction, ça n’a pas l’air évident. Alors elle essaye, elle souffre, elle crie, elle pleure et moi, comme une idiote, je la tiens et je répète « soufflez madame, soufflez ! », « Respireeeeez, souffleeeez ». Ce qui n’a strictement aucun effet. Peut-être seulement celui de me rassurer un peu devant cette douleur que je ne comprends pas.
Et puis, quand c’est presque fini, je comprends : la tête de la jumelle est en train de sortir. On voit les cheveux, puis bien plus que les cheveux, puis…
 

Court arrêt sur image : vous vous rappelez cette garde de réanimation où j’ai du mimer un ECG faute de mots pour dire que j’avais une patiente donc le cœur s’était arrêté sous mes yeux ?

Et bien là, presque deux ans après, une petite fille pointe le bout de son nez et moi je m’améliore nettement en disant à la sage-femme : « je vois une têêête ». Pas impressionnée, elle ne réagit pas tout de suite, pensant sans doute qu’on ne voit encore que le sommet du crâne. Toujours en net progrès, je répète distinctement : « Non mais je vois VRAIMENT une tête ! ». Et c’est donc dans mes mains toutes nues qu’une petite Laura est sortie, en attendant la sage femme qui l’a confiée aux pédiatres pour les premiers soins.

La naissance du second s’est faite de manière plus conventionnelle, enfin… les pieds en premier mais dans les mains habiles de l’obstétricien. Moi j’étais déjà un peu déconnectée de la réalité, encore sous le choc. Loin dans un monde où les gynécologues ne feraient pas de chirurgie, ou bien où les pédiatres feraient des accouchements… Bref, complètement ailleurs.

Et puis je n’ai pas eu le temps de reprendre pied dans la réalité, nous avons eu 5 césariennes en urgence sur cette garde, dont deux autres jumeaux dans la nuit. Et un accouchement normal que j’ai pu faire avec mes petites mains, et avec des gants cette fois !


Et en quittant la maternité ce matin-là, tous les nouveaux-nés allaient bien.

 

C’était mon dernier jour en gynéco. Et pour un happy end, celui-ci est plutôt chouette, non ?

Posté par OpenBlueEyes à 21:39 - Med'scene - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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30 juillet 2009

D'eau et de sang

C'était ma première garde en gynéco.
On m'en avait dit des horreurs, on m'avait averti de la désespérante futilité des motifs de consultation, du caractère répugnant des accouchements… La fleur au fusil, je me suis rendue à ma garde avec une excitation mêlée d’appréhension : « et si c’était vrai… ? »

Et je suis ressortie, 26 heures plus tard, sans avoir dormi ni pris de repas digne de ce nom, un sourire béat sur les lèvres.


Entre temps, j’avais fais mon premier examen gynéco, posé mon premier spéculum, vu des femmes jeunes, moins jeunes, enceintes ou non… j’avais suivi, voire collé les sages-femmes à la semelle pendant des heures, à tel point qu’elles m’ont laissé faire mes premiers gestes. (Oui, la sage-femme est un être particulier à l’hôpital, une sorte d’extra-terrestre mangeur d’externe qu’il convient de savoir apprivoiser si l’on veut pouvoir approcher une femme enceinte à moins de 10 mètres)

J’étais allée au bloc, et j’avais pu m’habiller pour voir une césarienne. Quand je dis « m’habiller », c’est le signe d’un grand privilège : celui d’être admis dans le cercle très privé des personnes en stérile, qui peuvent se pencher sur le champ et tripatouiller les outils !
Ma mission consistait à tenir l’aspiration, et éviter que tout soit inondé. Mais c’est tellement surprenant, ce geyser à l’incision de la poche des eaux … J’ai donc été baptisée de la blouse aux chaussures, de liquide amniotique et de sang. Et j’ai aspiré, tremblant moins que l’interne essayant de sortir ce gros bébé, puis le tenant par les pieds, victorieux. 4 kg 500 et des brouettes.
Fin de la précipitation : l’enfant va bien, il parait qu’il crie mais je suis trop sous le choc pour l’entendre : la mère perd des litres de sang et il parait que c’est normal. Je ne cesse d’aspirer pendant que l’interne recoud ; il tremble toujours lui aussi.
A la fin de l’intervention, je vois la mère sourire à son garçon, je suis en sueurs et mes jambes me font des blagues. Noir. Pause. « Non non, tout va bien, laissez moi juste quelques heures pour m’en remettre ! »

Et puis, une fois mes esprits recouvrés et la soirée passée, l’activité aux urgences s’est tassée, et j’ai pu aller de l’autre côté du rideau : « En Salle ». Avec le secret espoir de voir des accouchements, des vrais !
J’avais préparé mon petit discours à l’avance « Bonjour Madame, je suis étudiante en médecine, est-ce que vous me permettriez de rester dans la salle pour l’accouchement ? » Mais pour le premier, on m’a attrapée au vol dans un couloir, tirée dans une salle d’accouchement où régnait le foutoir le plus complet, la Madame poussait déjà, et en cinq minutes, montre en main, le gamin était sorti. Avait glissé dehors, même, tant les événements s’étaient précipités.

 

Ce premier bébé a signé le coup d’envoi pour la nuit, toutes les femmes de la maternité se sont mises à contracter à tour de rôle, et les accouchements se sont succédé sans interruption jusqu’au matin. Des beaux bébés, des bébés moches, des bébés bleus, des criards, des tout calmes, des doubles ou triple circulaire du cordon, des prématurés, des réanimés, des en bonne santé…

J’ai même pu tricher et suivre la pédiatre dans ses premiers soins aux nouveau-nés. J’étais aux anges. Les internes n’en revenaient pas de voir une externe courir partout dans la maternité au beau milieu de la nuit, moi je n’en revenais pas de voir tant de choses pour ma toute première garde. 


Donc non, si on n’est pas trop impressionné par les diverses sécrétions corporelles, un accouchement n’est pas répugnant. Ce n’est peut-être pas seulement un moment magique ou beau, mais c’est la vie, et c’est un moment intense. Rien de moins.

 

Posté par OpenBlueEyes à 11:22 - Med'scene - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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06 juillet 2009

On dit bonjour aux nouveaux !

Voici deux nouveaux arrivants dans ma liste de liens ! Et on dit bonjour au monsieur et à la dame, on est poli ! Attendez, je vous présente, quand même :

- Voici Thétis la gynéco, qui m'a particulièrement touchée par son dernier article (pas si récent, mais c'était pendant l'ère des examens, donc mon retard ne compte pas) : Les promesses de l'ombre. A méditer.

- Et mon dernier coup de cœur : Un spykologue sur la toile ! Sans parler du fait que j'adore sa bannière (oui, bon, je suis jalouse, ok...), j'apprécie beaucoup de ses articles. Allez voir par là si c'est pas sympathique !

Bonne lecture !

Posté par OpenBlueEyes à 18:41 - Sur la toile... - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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