Open Blue Eyes

Au jour le jour, des études de médecine à la photographie, un regard sur le monde et autres petits riens sur lesquels vous raconter mes histoires.

06 juillet 2009

On dit bonjour aux nouveaux !

Voici deux nouveaux arrivants dans ma liste de liens ! Et on dit bonjour au monsieur et à la dame, on est poli ! Attendez, je vous présente, quand même :

- Voici Thétis la gynéco, qui m'a particulièrement touchée par son dernier article (pas si récent, mais c'était pendant l'ère des examens, donc mon retard ne compte pas) : Les promesses de l'ombre. A méditer.

- Et mon dernier coup de cœur : Un spykologue sur la toile ! Sans parler du fait que j'adore sa bannière (oui, bon, je suis jalouse, ok...), j'apprécie beaucoup de ses articles. Allez voir par là si c'est pas sympathique !

Bonne lecture !

Posté par OpenBlueEyes à 18:41 - Sur la toile... - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

31 octobre 2008

American movie

Ils m’embêtent, les gens. Ils rentrent pas dans des cases.

C’est vrai, quoi… ce serait plus simple.

Le patient de mon stage en Réa qui refusait une fibroscopie, je l’aurais rangé dans la case « chiant », et c’est tout. Sans chercher à comprendre pourquoi, comment, et à discuter avec lui de ce qu’on pourrait faire de plus acceptable pour savoir d’où il saigne. J’aurais fait comme c’est écrit dans mon bouquin, qui est déjà suffisamment compliqué comme ça. Ou alors je l’aurais envoyé ailleurs, là où il n’aurait pas remis en cause chacune de nos prescriptions.

Tout ça pour un patient tout à fait sensé, ouvert à la discussion, qui voulait juste garder une certaine maitrise sur son corps parce qu’en voyant tous ses voisins intubés-ventilés, il a pris un peu peur.

 

Comme un autre patient, sur la défensive depuis son entrée, que j’avais intérieurement mis dans ma case « bizarre ». Pratique cette case, vous y mettez tous ceux que vous n’arrivez pas à cerner, ceux qui ne vous font pas confiance, ceux qui ne vous disent pas tout, ou qui vous disent des trucs différents de ce qu’ils ont dit à l’infirmière à l’entrée et à l’interne la veille.

Bref, ce matin, il nous a avoué avec pudeur : « Bon, puisque ça a l’air sérieux, il faut que je vous dise, docteur. Je l’ai pas fait en Algérie, ce bilan, c’était en France mais à l’époque, je n’avais pas de papiers, alors j’ai emprunté la carte de sécu d’un copain. J’étais rentré juste pour une consult’, et je me suis retrouvé à l’hôpital… » Un silence. « Vous êtes sûr que je ne risque rien ? ».

Le genre de situation où je maudis Brice un peu plus que d’habitude.

 

Même mon chef, le Blond, s’est amusé à me contrarier. Après ses prouesses auprès de certains patients, je l’aurais volontiers classé parmi les gens hautains, ceux dont l’assurance et la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes transparaissent à la moindre occasion. A sa manière de dire « on va reprendre l’Education », par exemple. C’est que l’Education Thérapeutique, chez les diabétiques, c’est plus qu’un dogme. C’est l’essentiel pour qu’ils puissent vivre au quotidien avec leur insuline. Mais quand vous entendez ce mot sortir de sa bouche de Blond, on dirait que votre mère ne vous a jamais appris les bonnes manières, et que vous êtes le plus malpoli des patients qui lui ait été donné de rencontrer.  

Un peu comme les chiiiiruuuurgieeeens ou les cow-boys-qui-sauvent-des-vies-et-qui-le-font-savoir, le genre de personne détestable que je fuis comme la peste, c’est ça.

 

Eh bien ce matin, dernier jour pour les internes comme pour les chefs, j’ai vu une personne particulièrement soucieuse de ses patients, de leur bonne compréhension des diagnostics, de leur intimité (à mille lieux de l’anesthésiste qui laissait les femmes les seins à l’air pendant sa visite). Quand il m’a repris pour des erreurs que j’avais faites, c’était pas « Hé, il serait temps d’activer tes neurones si tu veux continuer dans cette voie, t’es sensé le savoir tout ce que je te demande ! », plutôt « Fais attention à ça, c’est important ». Même pas condescendant, rien !

Et au moment de partir, un tout simple : « Bonne continuation miss Marie » qui a fini de déboussoler les petites cases bien rangées de mon cerveau.

 

C’était tellement plus facile de classer les médecins en « humain / pas humain », blanc ou noir, Blond ou brun. Faudrait que j’arrête les films américains avec les gentils et les méchants, ça n’a pas l’air de me réussir.

Je crois que j’ai encore pas mal à apprendre sur les gens.

N’empêche… ils m’énervent ! C’est vrai, quoi…

Posté par OpenBlueEyes à 15:59 - Med'scene - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

27 février 2008

Maison de retraite

C'est jeudi matin, à la maison de retraite.
Comme la plupart des étudiants en médecine, je bosse, à côté de l'hôpital, des cours, et de la bibliothèque universitaire. Être dépendant de ses parents à Bac+4, 5 ou 6, ça craint, comme disent les jeunes.

Donc j'essuie des peaux froissées par le temps et je change des couches. Je porte de toute la force de mes petits bras et de mes lombaires des corps fatigués, je savonne, je rince, je sèche, je pommade, j'habille, je coiffe, je rassure. J'essuie les larmes de madame parkinson qui ne peut plus rien faire mais qui a toute sa tête. Je regarde le derrière de madame hémorroïdes, j'inspecte le bleu de madame n'a-plus-que-la-peau-sur-les-os, et je cueille le sourire de madame dialyse. Elle sourit toujours, ça fait un bien fou.

Ce matin, je bataille avec l'ascenseur décidément trop petit - les autres aides-soignantes ont pris le truc pour caser les fauteuils roulants dedans... moi je n'y arrive presque jamais, je peste.
Et puis je me suis fait mal au dos. J'ai du m'occuper d'une mamie que je ne connaissais pas. Qui m'a assuré du haut de ses cheveux bleus - mais oui je vous promets ma petite, vous me prenez pour qui ? - qu'elle se tenait ferme sur ses pattes. Perdu, elle s'est effondrée dans mes bras - et ma colonne vertébrale.

Ce matin, une des pensionnaires ne peut plus faire un pas.
Ses mollets ont triplés de volume en quelques jours. Elle a mal, mais surtout, elle a peur : la seule parcelle d'autonomie qui lui restait lui file entre les doigts de pied. Elle essaie de toute ses forces de faire avancer ses jambes remplies d'œdèmes, mais non, ça ne veut pas marcher.
On a appelé le médecin, Il saura quoi faire, c'est certain. Mais la femme qui arrive est furieuse du dérangement. Une boule de nerfs à perruque noire et talons hauts. Clac clac clac décidé dans le couloir.
Elle ressort de la chambre après une minute trente montre en main. Claquant la porte, tonitruant, qu'elle ne peut rien faire de plus, qu'il fallait pas lui dire que c'était grave, que les OMI depuis quand c'est une urgence vitale. Comprendre : "elle est pourrie, je m'en fous, je retourne à mes consultations, démerdez-vous". Clac clac clac elle est partie.

La petite aide-soignante que je suis observe la scène depuis l'autre bout du couloir. Elle est trop éberluée pour être révoltée. Elle sait qu'elle n'a pas encore fait assez d'études pour avoir du répondant. Mais elle se promet, qu'un jour, elle dira leur quatre vérités aux médecins pédants qui ne respectent pas leurs patients, fussent-ils des petits vieux bien trop intimidés pour dire leur souffrance. C'est promis.

Posté par OpenBlueEyes à 13:27 - Med'scene - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,



« Accueil  1