06 juillet 2009
On dit bonjour aux nouveaux !
Voici deux nouveaux arrivants dans ma liste de liens ! Et on dit bonjour au monsieur et à la dame, on est poli ! Attendez, je vous présente, quand même :
- Voici Thétis la gynéco, qui m'a particulièrement touchée par son dernier article (pas si récent, mais c'était pendant l'ère des examens, donc mon retard ne compte pas) : Les promesses de l'ombre. A méditer.
- Et mon dernier coup de cœur : Un spykologue sur la toile ! Sans parler du fait que j'adore sa bannière (oui, bon, je suis jalouse, ok...), j'apprécie beaucoup de ses articles. Allez voir par là si c'est pas sympathique !
Bonne lecture !
14 juin 2008
Quand je s'rai grande
Pédopsy, Centre de consultation de l'hôpital.
Le médecin est malade ce matin, son interne est réveillé
dare-dare pour prendre ses dix-huit consults de la matinée (ou pas loin).
Sont renvoyés chez eux ceux qui habitent tout près, qui
peuvent revenir quand la gastro-grippe du docteur sera finie.
Il nous reste un grand gaillard de 16 ans, pour lequel les parents s’inquiètent beaucoup.
Je m’installe sur ma chaise un peu à l’écart, à coté de l’interne,
je feuillette le dossier. Déjà connu, difficultés familiales, scolaires, mais c’était
il y a longtemps.
Aujourd’hui, ses parents se plaignent : Il a de
« mauvaises fréquentations ». Et puis il n’écoute plus rien. Et puis,
et puis, et puis…, ils nous décrivent leur fils comme le pire des adolescents. Et
le jeune homme s’enfonce sur sa chaise, se cache derrière son sweat trop grand.
Quand ils ont fini de se plaindre, on renvoie les parents pour interroger le caïd seul.
Transformation. Pas intimidé du tout, pas grossier non plus, pas délinquant pour un sou, pas dépressif, pas fumeur, pas drogué... seulement, c’est vrai, qu’il n’est pas bien ces derniers temps. Sa maman a tenté de se suicider sous ses yeux il y a peu. Forcément, ça perturbe.
L’interrogatoire est bien complet, l’interne aborde même le sujet des « mauvaises fréquentations », donne des conseils, et la scolarité, les projets pour l’avenir…
Juste :
« Bon, je vais transmettre au médecin, qui vous connaît mieux ».
Pas
plus.
Je trépigne sur ma chaise, je voudrais lui envoyer des coups de pied, prendre la parole. Dire aux parents qu’ils ne faut pas qu’ils s’inquiètent, qu’il va bien leur fils, qu’il n’est pas plus paumé qu’un autre adolescent, qu’il n’est même pas dépressif, mais qu’il aimerait juste que sa maman arrête d’avaler des boites entières de cachets sous ses yeux, c’est quand même pas trop demander, si ?
Mais je me tais. Dans ce silence gêné, entre mon interne mal réveillé et les parents avides de toute parole médicale, je me sentirais incongrue. Qui suis-je, du haut de mes vingt ans, pour savoir mieux que mes aînés ?
Mais en l’occurrence, je sais, et ça me fait enrager. C’est
rare, suffisamment rare pour ne pas laisser de place au doute. Les parents
passent la porte dans un soupir, et je me jette sur l’interne : « T’aurais
pu leur dire quelques mots ?!»
- Oui mais je savais pas, moi, t’aurais voulu dire quoi ?
- Au moins les rassurer ! Ils vont passer deux semaines
si c’est pas plus à engueuler leur fils parce qu’ils s’imaginent des tas de
choses sur lui qui sont absolument infondées.
- Ah ouais, t’as raison… Tu crois qu’ils sont partis, là ?
- Ben non, va les voir…
Une fois les parents partis, je le rejoins, et j’entends la
secrétaire lui dire :
- Eh ben, faut être plus convaincu, hein, si t’y crois pas,
ils vont pas être rassurés, au contraire !
C’est quelque chose d’assez peu fréquent, mais ces jours là, j’ai hâte d’être interne, vraiment.
04 juin 2008
Crue
Mamzelle a 12 ans et des poussières, pas encore de boutons ni de sale caractère, juste le charme d’une jolie jeune fille encore un peu bébé sous sa frange, et très bientôt ado.
Mamzelle vient nous raconter qu’elle s’est fait agresser un
jour dans la rue. Par deux garçons en scooter, des grands, 16 ou 17 ans sûrement,
qui ne l’ont pas vraiment touchée là où il ne faut pas mais quand même, ils
auraient pu. Elle a eu peur. Ca lui paraît bête à dire comme ça, elle se tortille de gène
sur sa chaise, mais elle a eu peur.
Et maintenant ça reste comme une boule dans le ventre qui la
gène pour manger, et un cri dans la tête, celui qu’elle a retenu, qui l’empêche
de dormir et lui rappelle la scène.
Mamzelle a mis du temps à en parler à ses parents. Qui sont là, eux aussi, ensemble bien que séparés dans la vie.
On les voit seuls avec le médecin : « Alors, ça a l’air d’avoir été difficile pour elle, de vous en parler… Vous avez réagi comment, vous avez donné quelle suite à cette histoire ? »
La mère : « Ben on l’a crue, c’est déjà pas mal ! »
Bien bien bien…
On l’a crue. Non mais je rêve... Encore heureux que tu l’aies crue, ta fille, non ?
Elle a mis des mois à t’en parler, c’est pas pour rien, si ?
Voilà. Quelques phrases et une montagne d’arguments qui
emprisonnent Mamzelle dans le silence.
Bienvenue dans le monde des adultes lâches,
qui préfèrent que leur fille les fasse pas trop chier avec ses conneries d’agression
– qui n’en est même pas une parce qu’elle a pas été violée.
A ce moment là, on
aurait peut-être réagi, mais bon…
Voilà Mamzelle, t’as bien fait de sonner à la porte, parce que t’es tombée sur un docteur vachement bien, qui a remis tes parents à leur place, avec tact et délicatesse mais fermeté. Une main de fer dans un gant de velours et une maîtrise habile du contre-transfert, qui aurait pu lui faire pousser une gueulante comme jamais, mais non. Habile je te dis.
Et j’espère que tu auras pu commencer ton adolescence avec une boule dans le ventre en moins, et des nuits plus sereines, parce qu’avec les parents que tu as, il va t’en falloir de l’énergie et de la bonne humeur pour les années à venir !
01 mai 2008
Je viens pour dire que je vais bien
« Je viens pour dire que je vais bien »
Chouette comme motif de consultation, ça change. Elle venait
donc pour dire qu’elle allait bien. Pour nous montrer comment, du haut de ses
13 ans et de son sourire appareillé, elle gérait sa petite vie sans besoin
qu’on y mette notre nez.
« Et qu’est-ce qui pourrait nous faire dire le
contraire ? »
Elle, c’est ma chef. Je vous en ai déjà parlé, elle
m’impressionne. A l’écoute de tout ce qui est dit et plus encore de ce qui ne
l’est pas. Quand je s’rai grande, je veux être Pédopsy comme elle.
« Ben, en fait, c’est au collège qu’ils s’inquiètent. C’est
le CPE qui a insisté pour que je vienne. Heu… en fait, c’est parce que j’ai une
copine qui a voulu se suicider. Et comme moi, ça m’était arrivé quand j’étais plus petite,
vous vous rappelez… ben ils ont peur pour moi »
« Ah ? Pourquoi auraient-il peur pour
toi ? »
« Ben, heu… j’étais avec elle quand elle a fait ça. Et
heu… comme je voulais pas qu’elle prenne tous les cachets, ben j’en ai pris la
moitié »
Gloups. Moi qui croyais que ça allait être simple….
« Tu en as pris la moitié ? »
« Ben oui. »
« Et c’est tout ?
« Euh, ben, en fait, c’est moi qui était allée lui
chercher les médicaments. »
« Pardon ? » (Re-gloups de l’externe à côté)
« Ben oui, vous savez, comme moi ça m’avait aidé à m’en
sortir quand j’étais plus petite, ben je me suis dis que ça pourrait l’aider
aussi, que les gens se rendraient compte qu’elle va pas bien »
« Mais tu sais que tu te mets en danger, et que tu l’as
mise en danger aussi ? »
« Bof, c’est pas très dangereux, hein, la preuve. »
Et là, c’est la panique de l’externe, la débandade, le « gloups »
décuplé coincé en travers de la gorge, les sueurs froides.
La maman avait 15
ans.
« Ouais, c’est l’école qui s’inquiète, alors qu’ils
font rien pour l’autre fille, là, la pauvre. Alors bon, nous on vient comme ça vous voyez qu'elle va bien, hein ? Hein chérie tu vas bien ? »
Allez dis moi que tu vas bien… Fait un
grand sourire à la dame et qu’elle nous laisse tranquille !
Ma chef rigole, intérieurement.
« Le problème, c’est qu’on va pas vraiment pouvoir dire
ça comme ça… »
L’histoire s’est finie avec quelques coups de fil, à l’école
d’abord pour démêler les nœuds de l’histoire montée de toute pièce par le
couple mère-fille insolite. Puis au médecin scolaire.
Puis à l’ancienne psy de mademoiselle. Une lacanienne. Ah ?
(l’externe interloquée)
« Tu vas voir, pour les lacaniens, ils sont tous
psychotiques ! Ou névrosés, mais c’est plus rare. » Et effectivement,
ça n’a pas loupé.
Le tout aura pris trois heures.
Note pour plus tard : ne jamais sous-estimer le potentiel des gens qui vont bien.
06 février 2008
Savoir Pourquoi tu le fais
On vient de faire hospitaliser une gamine, qui
ne mange presque plus, qui veut mourir et qui ne trouve pas ça si grave. Qui a
13 ans. Je suis un peu tristoune : ils sont tellement
mignons ces pré-ados, c'est dommage d'en arriver là. Mais bon, ça s'est passé
sans trop de difficulté : elle était d'accord, sa maman a fini par l'être
aussi... si c'est pour son bien. (C’est
qu'en fait madame on n'a pas l'habitude d'enfermer des jeunes filles pour notre
plaisir, ici...)
Ca ne doit pas être facile.
Mais en fait, si j'y pense, ça m'est déjà arrivé
dans ma courte vie d'externe.
Autre lieu, mais toujours en pédopsy. Le petit
V., 8 ans est autiste (qui parle, parce que j'en ai d'autres qui ne parlent
pas). Il crie qu'il va mourir et se jette la tête la première contre la porte
de l'hôpital de jour. Sa voix vire au suraigu et il se cogne de plus en plus
fort. Je prends peur, et je l'attrape avec mes petits bras, pour finalement me
retrouver à le maintenir de toutes mes forces. En priant pour que les
soignantes arrivent vite. C'est qu'il a de la force, avec toute son agressivité
qui explose tout d'un coup.
C'est que je ne sais pas trop quoi faire, avec
toute mon inexpérience crasse...
Et aujourd'hui encore, je me demande : et si je
l'avais lâché, se serait-il calmé plus rapidement ? Se serait-il fait plus mal
encore ? Imaginez-vous, avec un petit bout d’homme dans les bras, qui vous
hurle dans les tympans une violence qui le dépasse lui-même et qui se débat
avec l’énergie du désespoir.
Il y a de quoi ne pas être particulièrement à
l’aise et sûre de soi.
Petit V. a terminé sa crise de colère dans la
cour de récréation. Épuisé.
Pour recommencer sans doute quelques jours
après.
Ce sont des énigmes face auxquelles tout le
corps médical semble parfois impuissant.
Moi je ne sais toujours pas comment on aurait pu
l'aider. Mieux.
02 janvier 2008
Psychiatrie et psychanalyse, de la médecine et du ridicule
Allez, pour mon tout premier article, j'ai vraiment envie de vous faire partager, voire découvrir, ma vision de ce monde si particulier de la "psy".
Il y aurait beaucoup à en dire, mais commençons par une chose : j'ai toujours été fascinée par les théories de Freud, Dolto, et tant d'autres. Je rêvais la "psy" comme une médecine particulière, attachée à comprendre l'Homme, sa folie comme son humanité, le sens qu'il donne à sa vie... une médecine de philosophe, pour caricaturer.
Une lubie comme une autre, me direz-vous. Soit.
Au cours de mes études de médecine, j'ai donc choisi un stage de psychiatrie d'enfants : un microcosme dans le monde de la "psy", un endroit où l'espoir me semblait encore permis pour nos petits patients, et où en idéaliste convaincue, je m'attendais à voir des équipes soudées tendant vers un même but : aider et accompagner - que demande-t-on de plus à des médecins, au fond ?
Vous voyez venir ma désillusion ? J'ai découvert une guerre ! J'aurais du m'en douter, même Winnicott en parle... La querelle abérante des "anti-psychanalystes" et des "psychiatres d'inspiration psychanalytique"; de ceux qui ne jurent que par les neurosciences, et ceux qui s'attachent à comprendre l'individu ; de ceux qui prescrivent à tour de bras, et ceux qui leur reprochent de ne pas diagnostiquer avant de prescrire...
Un ridicule au détriment des jeunes patients : pour un enfant qui nécessitait bien de la Ritaline, combien auraient plutôt gagné à pouvoir parler à quelqu'un, sans étiquette préalable ?
Mais inversement, combien de parents culpabilisés, pour ne pas avoir compris que les troubles de leur enfant n'étaient pas "de leur faute" ?
Les deux camps sont consternants. Les uns se plaignent du retard accumulé par rapport aux autres disciplines médicales et scientifiques, en semblant oublier leur histoire et considérant l'enfant comme une machine que l'on n'aurait pas encore assez dé-cortiquée. Dans leur monde, tout est génétique, et si ce n'est pas encore démontré, ça le sera certainement bientôt, avec les progrès de la science ! Ils ne vont pas jusqu'à dire qu'on trouvera un médicament contre l'autisme, mais ils aimeraient bien.
Les autres ont l'avantage premier de chercher à comprendre un enfant avant de le soigner. Intention louable, mais jusqu'où si le paradigme psychanalytique les empêche de considérer toutes les nouvelles approches qui pourraient être bénéfique ? Pourquoi ne peut-on pas accepter les bienfaits bien réels d'une TCC bien menée : ces thérapies où l'on essaye d'identifier des schémas de pensée erronés (par exemple : j'ai peur de parler en public/en classe -> je suis nulle -> j'ai encore plus peur) pour mieux les déjouer ?
Tout n'est pas perdu heureusement, et je découvre après trois mois de stage qu'il existe des gens pour qui tout n'est ni trop blanc, ni trop noir. Parmi les médecins libéraux notamment, au champ de vision moins étriqué que celui des murs hospitaliers, certains analysent (!) les apports et les travers des uns et des autres, essaient de mettre un peu de cohérence dans leur pratique quotidienne, et - mieux encore - font partager leurs méthodes (très peu universitaires) à l'étudiante curieuse que je suis ... Merci à eux !



