Open Blue Eyes

Au jour le jour, des études de médecine à la photographie, un regard sur le monde et autres petits riens sur lesquels vous raconter mes histoires.

01 avril 2009

Poisson d'avril !

poisson_rougeJe triche, je triche, j'antidate (bouh, pas bien!) ce billet, et en plus je cède à la facilité (quel culot!), mais je voulais absolument partager avec vous ce véritable bijou : "(Petit) Traité de Clinique et de Thérapeutique Psychiatrique". Il tient en une page, et je vous promets, il vaut le détour ! Accès direct : ici.

Enjoy !

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19 avril 2008

Pleine Lune

Ce soir, je suis de garde aux urgences psy. « Dites SECOP » nous répète l’administration, pour Service d’Evaluation de Crise et d’Orientation Psychologique. Mouais. Ca cache un peu la folie sous un joli enrobage, mais on ne s’y trompe pas.

Ce soir là, je ne le savais pas, mais c'était la pleine lune. C’est l’interne qui me dira ça à deux heures du matin, quand on ira enfin se coucher.

Ce soir là, j’ai eu une bonne idée : c’était ma toute première garde là bas, j’ai demandé une blouse à l’infirmier qui m’a accueilli et ouvert le couloir sécurisé où se trouvent les chambres du personnel. La blouse, c’est pratique, ça protège vachement. Je sais que la folie n’est pas contagieuse, hein, mais je vous assure, ça aide.
Et puis pour les patients aussi. En psy, les médecins ne mettent pas de blouse. Alors quand on a la tête d’un docteur, ça va… mais ma tête d’adolescente, mes boucles blondes et mes baskets, je ne ressemble à pas grand-chose de crédible. Avec l’uniforme blanc, je suis repérée, je me sens plus à l’aise.

Et ça commence.

Madame H. nous attend en tournant en rond dans le bureau de consultation. Les infirmières rigolent en nous disant qu’elle s’impatiente, c’est mauvais signe (le rire des infirmières, pas l'impatience de la dame...) !
On entre, l’interne et moi, derrière, pas très rassurée. La petite dame a l’air vieille, un peu confuse, un peu perdue… très logorrhéique. Comme elle nous prend tantôt pour ses parents, tantôt pour ses frères et sœurs, c’est un peu difficile de comprendre ses histoires. Elle me fixe avec de grands yeux qui font peur et m’engueule à intervalles réguliers dans ses monologues !
Une chose revient : son frère l’aurait mise à la porte… Soit.
- De toute façon, on va vous garder pour la nuit, hein madame ?
- ...
- Madaaaaamme ??
Pas de réponse pendant un long moment, puis tout d’un coup : « Mais alors, je pourrai sortir un petit peu, dans la journée, il faudra que j’aille nourrir mon chat qui m’attend dans la voiture ! »
Heu…

Et puis Monsieur B. arrive, il voudrait quelques jours de repos, il ne se sent bien au travail… Il a l’air dépressif (selon moi), il est schizophrène (selon mon interne) et c’est vrai qu’en regardant bien… De toute façon, quand on lui a demandé qu’est-ce qu’il pensait de l’idée de rester à l’hôpital pour la nuit, on n’a pas eu le temps de rajouter « on pourra faire le point plus sereinement demain » qu’il était déjà parti en courant.
Bon…

Mademoiselle J. est schizophrène, aussi, connue du service, et de l’interne qui apparemment l’aime bien. Elle n’a pas pris ses médicaments depuis quelques temps, et se sent « happée » par son monde imaginaire. D’ailleurs, c’est comme ça qu’elle voit son diagnostic : « addict à son monde intérieur ». C’est mignon. Et puis elle est touchante, à se concentrer tellement fort pour être cohérente dans les mots et les phrases qu’elle nous livre. Enfin une qui ne me fait pas peur.
Ouf...

Entre temps, une dame hospitalisée nous refaisait « La Nouvelle Star» dans le bureau infirmier (lesquels oscillaient entre autorité et rire irrépressible). Phase maniaque, que ça s’appelle ! Ca a l’air plutôt sympathique à vivre, la desinhibition, comme ça…

Monsieur R. nous interpelle depuis l’accueil : C’est qu’il est très angoissé, et que, un médecin, là, tout de suite, ça l’arrangerait, et puis, c’est presque rien, c’est juste une rectification, et…
Les yeux aux ciels, mon interne abrège sa pause-clope pour secourir le schizophrène en détresse… Ce jeune homme, venu la semaine dernière, a vu sa psy qui le suit en ville depuis, laquelle a du lui parler de sa sexualité. Et il avait évoqué ce sujet en consultation aux urgences psy. Et il a peur qu’on en ait parlé à sa psy. Non mais c’est que, il a peut-être vu un jour un film porno, mais ça veut pas dire qu’il est gay, hein !!
Oui oui, d’accord…

Dans le bureau infirmier, la madame de la Nouvelle Star a cédé sa place à une américaine, qui ne parle pas un mot de français, évidemment, ce serait trop facile, qui ne comprend pas pourquoi elle est là, et qui chouine comme une enfant, dans son pyjama bleu.

Monsieur X. a été retrouvé dans la rue par les services sociaux. Il dit s’appeler Clint Eastwood, ou Léonardo di Caprio, au choix. Quand on va l’interroger, on est impressionné par ce visage jeune perdu entre une barbe épaisse et des yeux noirs immenses. Il s’appelle donc Léonardo du Caprio, avec nous. Et il répond à coté de la plaque à toutes nos questions. Quand il ne parle pas à sa main, qui semble avoir beaucoup de conversation. Mon interne essaie de le ramener à nous :
- Monsieur ? Monsieur Di Caprioooo ?
- …
- Léonardo ? Lééééoooonardooo !
- …
Léonardo avait du décréter d’un commun accord avec lui-même qu’il n’avait plus rien à nous dire, on a fait signe aux infirmières qu’elles pouvaient l’emmener dans une chambre…
Heureusement qu’on avait des lits vides en début de soirée ! 

Mais le clou de la nuit, c’était quand même les flics. Ils amènent parfois des « HO », ces hospitalisations d’office, réservées aux gens qui sont devenus dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres. Et ben voilà, c’était pour nous ! Enfin, pour nous....
Ils sont trois pour tenir un petit monsieur tout gringalet. Ils l’attachent sur le lit. Il se débat. Forcément.
(Et dire qu'un jour je pourrais être amenée à faire ça ...)
En fait, monsieur a peur qu’une coalition d’extra-terrestre veuille prendre son sang pour le cloner et en faire une armée. Et seul sa quête d’un joyau au fond d’un lac en Espagne pourrait le délivrer.
Alors forcément, c’est un peu compliqué à vivre pour lui (et son entourage).

Je vous avoue que cette nuit là, j’ai pas très bien dormi. La psychiatrie chez les adultes, c’est rigolo, mais c’est pas vraiment de tout repos !

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02 janvier 2008

Psychiatrie et psychanalyse, de la médecine et du ridicule

Allez, pour mon tout premier article, j'ai vraiment envie de vous faire partager, voire découvrir, ma vision de ce monde si particulier de la "psy".
Il y aurait beaucoup à en dire, mais commençons par une chose : j'ai toujours été fascinée par les théories de Freud, Dolto, et tant d'autres. Je rêvais la "psy" comme une médecine particulière, attachée à comprendre l'Homme, sa folie comme son humanité, le sens qu'il donne à sa vie... une médecine de philosophe, pour caricaturer.
Une lubie comme une autre, me direz-vous. Soit.

Au cours de mes études de médecine, j'ai donc choisi un stage de psychiatrie d'enfants : un microcosme dans le monde de la "psy", un endroit où l'espoir me semblait encore permis pour nos petits patients, et où en idéaliste convaincue, je m'attendais à voir des équipes soudées tendant vers un même but : aider et accompagner - que demande-t-on de plus à des médecins, au fond ?

Vous voyez venir ma désillusion ? J'ai découvert une guerre ! J'aurais du m'en douter, même Winnicott en parle... La querelle abérante des "anti-psychanalystes" et des "psychiatres d'inspiration psychanalytique"; de ceux qui ne jurent que par les neurosciences, et ceux qui s'attachent à comprendre l'individu ; de ceux qui prescrivent à tour de bras, et ceux qui leur reprochent de ne pas diagnostiquer avant de prescrire...

Un ridicule au détriment des jeunes patients : pour un enfant qui nécessitait bien de la Ritaline, combien auraient plutôt gagné à pouvoir parler à quelqu'un, sans étiquette préalable ?
Mais inversement, combien de parents culpabilisés, pour ne pas avoir compris que les troubles de leur enfant n'étaient pas "de leur faute" ?

Les deux camps sont consternants. Les uns se plaignent du retard accumulé par rapport aux autres disciplines médicales et scientifiques, en semblant oublier leur histoire et considérant l'enfant comme une machine que l'on n'aurait pas encore assez dé-cortiquée. Dans leur monde, tout est génétique, et si ce n'est pas encore démontré, ça le sera certainement bientôt, avec les progrès de la science ! Ils ne vont pas jusqu'à dire qu'on trouvera un médicament contre l'autisme, mais ils aimeraient bien.
Les autres ont l'avantage premier de chercher à comprendre un enfant avant de le soigner. Intention louable, mais jusqu'où si le paradigme psychanalytique les empêche de considérer toutes les nouvelles approches qui pourraient être bénéfique ? Pourquoi ne peut-on pas accepter les bienfaits bien réels d'une TCC bien menée : ces thérapies où l'on essaye d'identifier des schémas de pensée erronés (par exemple : j'ai peur de parler en public/en classe -> je suis nulle -> j'ai encore plus peur)  pour mieux les déjouer ?

Tout n'est pas perdu heureusement, et je découvre après trois mois de stage qu'il existe des gens pour qui tout n'est ni trop blanc, ni trop noir. Parmi les médecins libéraux notamment, au champ de vision moins étriqué que celui des murs hospitaliers, certains analysent (!) les apports et les travers des uns et des autres, essaient de mettre un peu de cohérence dans leur pratique quotidienne, et - mieux encore - font partager leurs méthodes (très peu universitaires) à l'étudiante curieuse que je suis ... Merci à eux !
 

Posté par OpenBlueEyes à 22:39 - Med'scene - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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